Le syndicat interroge le ministre sur « ce qu’il faut faire pour que soit reconnue la profondeur de la crise que connaît déjà l’agriculture française et la nature de ses causes. Nous avons besoin d’un changement de cap, nous avons besoin que l’agriculture serve à faire vivre ses travailleurs et à nourrir nos concitoyens avec une alimentation de qualité, nous avons besoin d’un avenir qui ne soit pas soumis aux prétendues vertus du commerce international. Il est de votre devoir de stopper la signature du Ceta, et tous les accords de libre-échange en cours qui se négocient sur les mêmes bases et sont liées les uns aux autres ! »

Des vices cachés

Le syndicat s’inquiète en particulier de l’avenir de la filière de la viande bovine, des semences céréalières de ferme ou de la mise en danger des seules filières qui s’en sortent dans cette période de crise, celles sous IGP. Il pointe aussi du doigt des outils et des espaces institutionnels nouveaux, tel le mécanisme d’arbitrage des différends investisseurs-États ou le forum de coopération réglementaire.

« À l’instant de la ratification, ce sont des boîtes vides. Une fois actifs, ces dispositifs au service des firmes multinationales seront le siège du contournement systématique des processus démocratiques par lesquels s’expriment les préférences collectives. OGM, pesticides, mesures d’hygiène… C’est désormais loin de l’espace public que ces sujets seront tranchés. »

Le Modef s’y oppose aussi

« Non au Ceta ! », clame lui aussi le syndicat dans un communiqué de presse du 18 octobre 2016. Alors que la signature du traité entre l’Union européenne et le Canada est prévue le 27 septembre, le Modef s’inquiète pour « l’avenir de l’agriculture paysanne française respectueuse des Hommes et de l’environnement ».

« Le Canada va exporter 65 000 tonnes de viande bovine et 75 000 tonnes de viande porcine par an en Europe, explique le Modef, cette introduction massive de viande va engendrer une chute de revenu de 40 % à 50 % pour les producteurs européens de bovins ». Pour l’organisation syndicale, la signature du traité va entraîner un alignement des normes de productions européennes sur celles du Canada et des États-Unis.

« Les coûts de production des producteurs français sont bien supérieurs à ceux de l’Amérique du Nord. Le modèle agricole industriel et productiviste plus avancé aux États-Unis se développera très rapidement dans l’Union européenne avec toutes les conséquences comme la désertification des territoires, les pertes d’emplois… », explique le Modef.

La Wallonie comme dernier rempart

Le Parlement de Wallonie, en Belgique, est le seul en Europe à avoir mis son véto à la signature du traité. En réponse, la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a donné à la Belgique jusqu’au sommet européen des 28 dirigeants de l’UE à Bruxelles vendredi prochain pour donner son feu vert au Ceta, lors d’une conférence de presse ce 18 octobre 2016. « Si nous ne parvenons pas à avoir d’accord, alors il n’y aura pas de sommet » le 27 octobre, a-t-elle prévenu.