Blé, orge, colza, pulpe de betterave ou luzerne : l’aliment des lapins contient près de 15 matières premières différentes. Et pour les éleveurs, d’après un communiqué de ALPM, il représenterait « le principal poste de charges opérationnelles ».

Le premier abatteur français a alors souhaité, en développant cet indice économique appelé « Vif Secur », proposer aux producteurs des prix vifs indexés sur le coût de l’aliment, afin « de protéger leur marges ».

Anticiper une nouvelle crise de filière

Les coopératives Cavac et Terrena, qui représentent plus de 90 % de la production de lapin, ont été associées à ce projet. « Nous avons souhaité envoyer à nos fournisseurs un signal fort », lance Christophe Rousseau, directeur des achats vifs et de l’approvisionnement chez ALMP. Pour lui, il s’agit bien d’engager l’ensemble de la filière afin de répartir les risques liés aux évolutions du marché des matières premières.

« Le secteur cunicole sort d’une crise économique liée à la baisse de consommation, rappelle-t-il, et à des problèmes sanitaires, comme le VHD. » Une situation qui a mis de nombreux éleveurs en difficulté. La nouvelle loi sur l’agriculture et l’alimentation, qui demande aux interprofessions de fournir des indicateurs de coûts de production, aurait alors inspiré cette initiative, déjà en place dans le secteur de la volaille.

Les mouvements de prix des matières premières sont rapides, mais « ils seront anticipés par des réunions mensuelles », explique M. Rousseau. L’indice sera adapté à la hausse comme à la baisse, sans prix plancher, mais de façon à « garantir les marges par rapport aux coûts de l’aliment ». Un moyen d’assurer le maintien de la production, même en cas de nouvelles turbulences.

Il reste à convaincre l’ensemble des acteurs

« C’est un plan en plusieurs étapes, rassure Christophe Rousseau, qui a pour but de sécuriser les marges dans un premier temps, puis de construire un système assuranciel contre le VHD, et de développer enfin la filière avec un groupement. » Cavac et Terrena, en tant que producteurs de lapin, mais aussi d’aliments, apportent ainsi à ALMP le soutien de deux maillons essentiels.

Mais d’autres acteurs restent à convaincre. « Nous voulons que nos acheteurs prennent eux aussi en compte cet indice de prix. » La grande distribution est la principale cliente de ALMP, mais rien ne garantit encore qu’elle s’appropriera la démarche « Vif Secur ». Même si, comme le rappelle M. Rousseau, « certaines enseignes ont déjà lancé des démarches similaires ».

« On a essayé de respecter la philosophie de la loi sur l’agriculture et l’alimentation, souligne M. Rousseau, en créant un outil pour transférer le risque du producteur vers le client final. » À condition de pouvoir compter sur le soutien des grandes et moyennes surfaces, grâce à cet index, le lapin semble effectivement devenir l’un des bons élèves de la nouvelle loi.

Ivan Logvenoff