Il a appelé la filière laitière à adopter « une démarche positive et constructive nécessaire pour que les acteurs dialoguent entre eux » afin de relever le « défi » lancé par Emmanuel Macron aux filières agricoles. Il se félicite en particulier de l’injonction du président de la République aux producteurs à s’organiser en organisations de producteurs commerciales (OPC), dont « la coopération est la forme la plus aboutie », a-t-il souligné. Il appelle aussi à « mieux communiquer et faire preuve de plus de transparence », et à être « plus enclin à redistribuer la valeur » aux producteurs.

Plusieurs leviers

Pour cette transformation de la filière, il a identifié plusieurs leviers :

  • La nécessaire restructuration de l’offre de production par le développement et la montée en compétences des OPC. « Pour les coopératives laitières, il s’agit d’accompagner cette restructuration de la filière par notre expérience. »
  • La nécessaire compétitivité à conserver, une notion « trop absente du discours » présidentiel, alors que « nous sommes dans un marché concurrentiel — 4 litres produits sur 10 partent hors de l’Hexagone », rappelle-t-il.
  • Apporter une réponse aux attentes sociétales en termes de bien-être animal, d’alimentation des animaux (sans OGM et avec plus d’herbe par exemple)…
  • La mise en place d’outils de prévention et de gestion de crise, et de nouveaux outils pour la Pac 2020.
  • Une rénovation du droit de la concurrence afin de permettre une structuration du maillon de la production et aux interprofessions d’agir.

D’ici là, il fait le souhait pour 2018 de « sortir de la guerre des prix » et de parler aussi de la qualité des produits, avec une nécessaire montée en gamme sur une partie des volumes de lait.

Pénurie de beurre ?

Interrogé sur la pénurie actuelle de beurre qui se dessine dans les rayons des grandes surfaces, Dominique Chargé rétorque que « dans notre pays, depuis la Seconde Guerre mondiale, dès qu’il n’y a pas abondance, on dit qu’il y a pénurie ! La France n’est pas autosuffisante en beurre, elle est donc beaucoup plus exposée dès qu’il y a des tensions sur ce marché. Elle en importe 100 000 t par an. Aujourd’hui, il y a des arbitrages par certains transformateurs pour valoriser leur matière première au mieux. » Parfois à l’exportation, en faisant le choix de ne pas honorer certains contrats face au refus de certains distributeurs de ne pas renégocier.

Il estime néanmoins que « cette « crise du beurre » illustre parfaitement le dysfonctionnement de la filière. Aujourd’hui, le beurre dépasse 6 500 €/t, c’est une situation inédite, qui pose un problème ». Cette hausse a été répercutée dans plusieurs pays européens, avec par exemple une hausse des prix de vente aux consommateurs de 40 % en Allemagne entre mars et juillet. En France en revanche, la situation est restée « flat » jusqu’en mars, suivie d’une légère hausse de 6 % entre mars et juillet, selon l’Insee.

Quant à une éventuelle répercussion de cette flambée au producteur, ce n’est pas encore à l’ordre du jour, la valorisation beurre-poudre étant plombée par le cours de la poudre de lait écrémé, au plus bas. Néanmoins, « revaloriser le paiement de la matière grasse serait à réfléchir au Cniel et dans les entreprises. Certaines, qui ont une bonne valorisation de leur matière grasse, seraient bien inspirées de revaloriser le gramme différentiel ! »

E.C.