A l'occasion de l'assemblée générale de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), le 18 avril 2013, Dominique Chargé, son président, a dévoilé la charte « Engagements mutuels entre coopératives et associés-coopérateurs », destinée à rétablir le lien et la confiance entre les associés et leur coopérative, et l'investissement des coopérateurs dans leur structure.  

« Cette première charte des coopératives laitières vise à réinvestir les associés-coopérateurs dans la vie de leur entreprise pour permettre une meilleure maîtrise des enjeux et des stratégies, explique Dominique Chargé. Les sept engagements proposés aujourd'huisont le résultat de travaux menés en 2012 par un groupe de travail de la FNCL. Les échanges ont permis de formuler des recommandations autour de plusieurs thèmes : capital-social, rôle des administrateurs, communication interne, gestion de l'équation volumes-prix... » La FNCL fera le point dans un an sur les actions réalisées sur le terrain.

Pour Dominique Chargé, cette démarche est indispensable. « Parce que nous sommes dans un monde libéralisé, nous devons renforcer la coopération. » Les quatre participants à la table-ronde, des représentants de la coopération en Irlande, Finlande, aux Pays-Bas et en Allemagne (1), ont illustré tour à tour une coopération forte dans leurs pays respectifs. Il en ressortait un message sans complexe d'aller de l'avant en développant la production laitière et en conquérant de nouveaux marchés. Dans ces pays, les coopérateurs investissent directement dans le développement d'outils industriels, pour absorber les litrages supplémentaires attendus avec la fin des quotas. Les financements, selon les cas, sont complétés par des prêts des banques et/ou l'ouverture du capital à d'autres actionnaires.

Dominique Chargé a insisté sur ces besoins de financement, pour la filière laitière française. Un travail « que nous allons initier concrètement au sein de la FNCL ». « Nous nous attelons à accompagner les coopératives dans leur recherche de financement : auprès des banquiers, bien sûr, mais aussi des autres investisseurs potentiels, publics (comme la BPI) ou privés (fonds d'investissement), précise-t-il. Les pouvoirs publics seront un soutien précieux pour préserver la diversité des exploitations et des entreprises. Ils sont aussi une aide au développement, notamment à l'exportation. Car ce sont bien les marchés en croissance qui nous permettront de maintenir et développer l'activité économique en France, et de continuer à créer de l'emploi ici. »

Lait : « Un rattrapage des marges est nécessaire » aux industriels (Chargé, FNCL)

« Un rattrapage des marges est nécessaire, pour les producteurs mais aussi pour les industriels, a rappelé Dominique Chargé. Certains segments ont travaillé à perte, comme l'ultrafrais. Et le lait de consommation doit rattraper deux ans de non-augmentation des tarifs. » Certaines entreprises, tournées vers les PGC, ne pourront pas assumer les hausses annoncées à la production sans réelle revalorisation de leurs produits.

Dans son discours de clôture, le président de la FNCL a rappelé au ministre délégué à l'Agroalimentaire, Guillaume Garot, que les coopératives attendent un amendement de la LME, afin de rééquilibrer le rapport de force entre industriels et distributeurs. Car les négociations commerciales se sont soldées par des refus d'accepter des hausses significatives de tarifs. Depuis deux semaines, Bongrain et Sodiaal paient leur revendication d'une augmentation des prix de vente, par un déréférencement des fromages de leur filiale commune CF&R dans plusieurs enseignes Leclerc.

S'ils n'acceptent pas ces hausses de prix, les distributeurs pourraient s'exposer à une pénurie de certains produits cet été, menacent plusieurs représentants de la coopération. Aux cours mondiaux actuels, il est plus intéressant de réorienter les fabrications vers le beurre et la poudre. Du moins pour les transformateurs qui possèdent les outils industriels adaptés. Sans compter que la courbe de collecte fléchit fortement depuis plusieurs semaines.

Guillaume Garot n'avait pas de nouvelle mesure à annoncer. Il a néanmoins acquiescé à toutes les revendications de Dominique Chargé. « La LME n'a pas été au rendez-vous, il faut la revoir, a-t-il confirmé. Il y aura des adaptations, nous y travaillons avec nos partenaires de l'agroalimentaire. » Elle sera traitée dans le cadre de la loi de consommation présentée par Benoîit Hamon avant l'été. Y seront intégrées la question de la volatilité des prix des matières premières dans l'élaboration du prix final, ainsi que l'obligation d'un socle de négociations clair. « Nous travaillons également à l'amélioration de la contractualisation. Au niveau européen, nous réfléchissons à de nouveaux mécanismes de régulation de la production pour l'après-quota. »

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(1) Sami Kilpeläinen, secrétaire de la section laitière du MtK (le Milk Board finlandais), Wim Kloosterboer, de Friesland Campina, Anne Randles, de l'Irish Dairy Board, et Heinrich Schmidt, du DRV (Union des coopératives agricoles allemandes).

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Elsa Casalegno