La cour d’appel d’Angers a donné tort mardi au président de Lactalis qui demandait l’interdiction de rediffusion par France 2 de certains passages d’un reportage consacré au géant laitier, selon l’arrêt consulté par l’AFP.

Le 13 octobre 2016, dans son émission « Envoyé Spécial », France 2 avait diffusé un reportage intitulé « Lactalis : le beurre et l’argent du beurre ? », mettant en cause le groupe laitier et son PDG Emmanuel Besnier. Lactalis avait dénoncé des « attaques injustifiées » et « la diffusion d’une émission uniquement à charge ». Par ailleurs, Emmanuel Besnier reprochait aux journalistes d’avoir porté atteinte à sa vie privée. Le 27 octobre, le juge des référés de Laval lui avait donné raison, faisant « injonction (à la chaîne) de cesser immédiatement la diffusion sur tous supports et tous médias » des trois minutes du reportage concernant son domicile. France 2 contestait cette décision.

Aucun « dommage imminent »

Ce mardi 24 janvier, la cour d’appel d’Angers a jugé que « la diffusion à une heure de grande écoute de l’extrait litigieux, […] puis son maintien en ligne sur le canal de rediffusion Pluzz » était « susceptible de porter atteinte » à la vie privée de M. Besnier. Toutefois, ont relevé les juges, il n’existait aucun « dommage imminent », élément indispensable pour lancer un référé, car France 2 ne prévoyait aucune rediffusion. Par conséquent, la cour « dit n’y avoir lieu à statuer par voie de référé » et « infirme le retrait immédiat de l’extrait incriminé de toute diffusion actuelle ou future ».

M. Besnier est condamné à payer les frais de justice engagés en appel. Mais la cour a décidé qu’il reviendrait à France Télévisions de payer les frais d’avocat et de justice de première instance. Ainsi, tant Lactalis que France 2 se félicitent de cet arrêt, chacun y voyant une victoire. D’un côté, Eric Andrieu, le défenseur de France Télévisions « se réjouit d’une décision qui respecte la loi de la presse ». De l’autre, Lactalis salue dans un communiqué une décision qui, selon lui, « sanctionne justement le comportement abusif des journalistes auteurs du reportage ».

L’affaire reviendra devant la justice, M. Besnier ayant lancé deux actions au fond : une assignation en atteinte à la vie privée et une plainte en diffamation.

Avec AFP