Quel regard portez-vous sur vos cinq premiers mois de mandature ?

Jean-Baptiste Moreau : Le travail est excessivement intense, sans doute plus que j’aurais pu le croire. À cela s’ajoute la difficulté de gérer un élevage en parallèle… Le rythme est infernal, mais c’est aussi parce que j’ai fait le choix d’être beaucoup présent à Paris. Je pense que c’est le meilleur moyen pour être utile à la fois à sa circonscription et à son pays.

Vos vaches vous manquent ?

JBM : De temps en temps, mais je les vois quand même tous les week-ends. J’étais surtout inquiet jusqu’à ce que je trouve quelqu’un pour me remplacer sur la ferme… C’est clair que je préfère être avec elles qu’à la capitale, mais ce n’est pas non plus le bagne. En revanche, on ne profite pas des soirées parisiennes. Le théâtre, pour l’instant, c’est zéro !

Les questions au gouvernement sont une grande pièce de théâtre !

À part dans l’Hémicycle ?

JBM : Oui c’est ça ! Les questions au gouvernement notamment sont une grande pièce de théâtre. Un spectacle de postures uniquement. Parfois on se prend au jeu, en prenant la parole, mais ce n’est pas la partie la plus efficace du travail. Rester assis à écouter les mêmes arguments qui reviennent en boucle dix, quinze fois… La population en général se fait une idée du travail de député en voyant ça, alors que c’est tout le contraire. Honnêtement, si je pouvais m’en passer, ça m’irait aussi bien.

Abordez-vous facilement les sujets agricoles avec vos collègues députés ?

JBM : Complètement. Nous avions même tellement de questions agricoles lors des réunions entre députés de LREM que cela parasitait les autres sujets. J’ai donc lancé un groupe spécifique sur l’agriculture, pour faire progresser en compétence ceux qui en ont envie. Il rassemble une centaine d’élus agriculteurs ou ruraux de la majorité présidentielle.

Il y a une complète adéquation entre les projets du gouvernement et ce pourquoi on s’est battu.

Vous vous faites souvent le porte-parole des projets du gouvernement. Êtes-vous encore dans votre rôle de député ?

JBM : Ce que l’on fait et ce que l’on annonce aujourd’hui, c’est ni plus ni moins que ce que l’on a défendu pendant la campagne présidentielle et les législatives. Il y a une complète adéquation entre les projets du gouvernement et ce pourquoi on s’est battu.

On vous dit par ailleurs très proche d’Emmanuel Macron…

JBM : Je suis en effet régulièrement en contact avec lui. Je lui explique un certain nombre de choses. On ne vient pas des mêmes univers, on a très peu de choses en commun a priori, mais il est complètement à l’écoute de ce que j’ai à lui dire. L’agriculture n’est pas sa spécialité, mais il apprend vite. Prenez son discours sur les États-généraux de l’alimentation, le 11 octobre : il en a bluffé plus d’un !

C’est à vous qu’on le doit ?

JBM : Ce serait prétentieux de dire ça. Mais avec sa conseillère agricole, Audrey Bourolleau, nous l’aidons à se perfectionner…

Michel-Edouard Leclerc joue parfois les têtes de mule…

La loi promise à cette occasion arrivera trop tard pour les négociations commerciales… Comment espérer une amélioration ?

JBM : D’abord, un certain nombre de mesures de la loi Sapin 2 vont s’appliquer. Et puis on a expliqué aux acteurs qu’il y avait intérêt à prendre en compte les coûts de production dès cette année. Bien sûr, tant que ce n’est pas législatif, c’est un vœu pieu. Mais il y a quand même une prise de conscience. À part Michel-Edouard Leclerc, qui joue parfois les têtes de mule…

En fiscalité, il faut éviter le pousse-au-crime permanent.

Vous avez par ailleurs évoqué une refonte de la fiscalité agricole. Qu’en est-il ?

JBM : C’est Bruno Le Maire qui m’a fait savoir qu’il souhaitait réunir un comité interministériel entre Bercy et l’Agriculture, pour simplifier la fiscalité agricole dans son ensemble. Le but est d’éviter le pousse-au-crime permanent, à savoir : le surinvestissement pour éviter de payer trop de MSA et d’impôt, quitte à ne pas pouvoir faire face aux annuités l’année suivante. Cela débouche sur du surendettement.

Cela veut-il dire que la DPI va disparaître ?

JBM : Peut-être pas disparaître, mais elle devra à mon avis être modifiée pour aller davantage vers de l’épargne de précaution, permettre d’épargner les bonnes années en vue des mauvaises. On pourrait aussi imaginer un système d’imposition proche de l’impôt sur les sociétés. Il faudra également se repencher sur le régime du micro-BA… Tout est ouvert et nous allons travailler pour construire une proposition dans la loi de finances pour 2019.

D’autres dossiers sont à l’étude, sur le foncier notamment. Où en est-on ?

JBM : Une mission va être lancée dans le cadre de la commission des affaires économiques en novembre 2017, après le projet de loi de finances. J’en ferai partie. L’objectif est d’empêcher les phénomènes de spéculations.

Pour moi, les idées sont bonnes ou ne le sont pas, peu importe d’où elles viennent.

Comment voyez-vous votre avenir en politique ?

JBM : Je n’en sais rien. Je veux déjà qu’on réussisse ces cinq ans, qu’on mette en place tout ce qu’on a promis. Après, peut-être que je reviendrai sur la ferme, peut-être ferai-je autre chose… On verra. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Tout ce que j’ai fait, je l’ai plus fait par instinct qu’autre chose.

Même vous lancer en agriculture ?

JBM : Oui. J’étais ingénieur agricole et je me suis installé sur l’exploitation familiale sur le tard, en 2006, à la suite du départ de l’associé de mon père. Là encore, la décision s’est prise rapidement, un peu sur un coup de tête.

Quels sont vos modèles en politiques ?

JBM : (longue hésitation) C’est une colle… Peut-être Michel Rocard, assez précurseur dans sa façon de voir les choses. François Mitterrand, évidemment, qui a marqué mon enfance et qui m’a toujours impressionné d’un point de vue culturel. Et un certain côté de Jacques Chirac, que j’ai eu la chance de rencontrer, pour son attachement à la terre et aux valeurs.

J’ai une fibre sociale, mais je veux aussi de l’efficacité économique.

Vos ouvrages de référence ?

JBM : Révolution, d’Emmanuel Macron (rire) ! J’ai lu Le Capital de Marx, Thomas Piketty… Je suis aussi un fan de Zola. Vous voyez que mes références sont plutôt à gauche.

À gauche, mais éclectiques.

JBM : Ça a toujours été mon cheval de bataille. Pour moi, les idées sont bonnes ou ne le sont pas, peu importe d’où elles viennent. J’ai une fibre sociale, mais je veux aussi de l’efficacité économique. C’est un mix auquel je crois.

Propos recueillis par Alain Cardinaux et Marie Salset