Colruyt group a annoncé fin septembre un projet d’investissement qui a secoué les campagnes belges. Le leader de la grande distribution a manifesté son intérêt d’exploiter des terres agricoles, mais aussi d’en acquérir. Cette intention a créé une onde de choc auprès des agriculteurs, qui estiment que le groupe va augmenter la pression sur un marché foncier déjà très tendu.

46 000 € l’hectare en moyenne

En Belgique, l’accès à la terre reste un combat majeur des partenaires syndicaux. Les surfaces disponibles se font rares et se vendent en moyenne plus de 46 000 euros de l’hectare. Entre 2015 et 2019, le prix moyen a grimpé de près de 30 %.

Officiellement, Colruyt se drape dans de bonnes intentions et annonce « vouloir protéger les terres agricoles ». L’objectif semble louable : continuer à s’approvisionner au niveau local et répondre aussi à une demande des consommateurs. Le groupe possède déjà du foncier, dont une exploitation bio de 25 hectares. Les terres sont situées essentiellement dans le périmètre de sa principale base logistique à Halle (région de Bruxelles), mais aussi autour de magasins pour permettre d’éventuelles extensions.

Ce que représentent ces superficies ? Le groupe de grande distribution botte en touche : « À tout le moins, nous pouvons dire qu’il s’agit de quelques hectares autour de notre centre de distribution, lesquels sont actuellement exploités par des agriculteurs indépendants. » Colruyt group souhaite ainsi travailler avec des producteurs locaux. Ceux-ci cultiveraient des denrées conventionnelles (pomme de terre, carotte…), qui finiraient dans les rayons des supermarchés du distributeur.

Un projet qui divise

Du côté des syndicats, c’est la levée de boucliers­. Ils y voient « une nouvelle perte d’autonomie pour les agriculteurs » ou une « atteinte à notre modèle agricole familial ». Le groupe a diffusé un second communiqué pour tenter de calmer la fronde. « Cela ne signifie pas que nous préparons une offensive sur le marché immobilier […] Nous n’allons pas exercer le métier d’agriculteur […]. Les producteurs ne deviennent pas des travailleurs de Colruyt group. »

La liberté de culture des agriculteurs est-elle remise en question ? Le groupe de grande distribution répond que « l’agriculteur reste libre de partir après un an si la collaboration ne le satisfait pas, bien évidemment. Mais nous pensons­ pouvoir lui offrir une valeur ajoutée. Si la qualité convient, il a la certitude de vendre sa production et en connaît la destination. L’objectif est d’instaurer une relation gagnant-gagnant. Il peut également s’agir d’une opportunité­. »

Par ailleurs, le producteur bénéficiera d’un prix garanti indépendant du prix de vente proposé au consommateur. Le secteur agricole est donc partagé sur ce que Colruyt estime être « une évolution et non une révolution ».

Emmanuel Huet

Une part des agriculteurs belges craint que la pression sur le marché foncier augmente. © e.huet