Depuis le début de l’année 2020, pas moins de 900 000 hectares ont été ravagés par les flammes en Argentine. En termes de superficie, la province la plus touchée est celle de Cordoba, avec quelque 300 000 hectares brûlés. D’autres provinces agricoles du pays sont également en proie aux incendies depuis plusieurs mois : Entre Rios, Santa Fe, Salta, Tucuman, Jujuy, Catamarca…

Perspectives très défavorables

« Les perspectives sont très défavorables jusqu’à la fin de l’année », s’inquiète Adela Ester Veliz, de la faculté d’agronomie de l’université de Buenos Aires. « Dans le centre et le nord du pays, la disponibilité en combustibles a dépassé les maximales historiques. De plus, selon les estimations, les températures vont dépasser les moyennes sur tout le territoire et les précipitations vont être déficitaires. »

Le centre du pays, qui fait face à une sécheresse extrême depuis près de cinq mois, devrait donc continuer à être très affecté. « Actuellement, tout le pays, hormis le sud-est de la province de Buenos Aires, fait face à une sécheresse modérée à élevée », ajoute-t-elle.

L’Etat d’urgence décrété

Face à ces phénomènes extrêmes, le gouvernement argentin a décidé de décréter l’état d’urgence et de désastre agricole pour une durée d’un an dans les provinces de Cordoba et de Formosa.

Chaque gouvernement provincial devra lister les producteurs touchés, auxquels il remettra un certificat faisant état des dégâts. Mais pour Gabriel de Raedermaeker, vice-président du syndicat des Confédérations rurales argentines, cette mesure, qui dispense les producteurs concernés d’impôts territoriaux, est loin d’être suffisante. « Il faut chercher un mécanisme beaucoup plus efficace pour maintenir l’activité, poursuit-il. Le producteur qui se retrouve sans fourrage, sans infrastructure et sans bétail a besoin d’un soutien phénoménal, d’autant plus qu’il ne bénéficie pas de système d’assurance. »

Déficit hydrique

Les nombreuses conséquences de ces phénomènes sur l’agriculture devraient s’étaler dans la durée. Les craintes concernent notamment le blé, dont la floraison qui démarre devrait être fortement affectée par le déficit hydrique. « Selon les prévisions, la récolte de blé aurait dû battre des records et atteindre 22 millions de tonnes, souligne Gabriel de Raedermaeker. Malheureusement, les prévisions actuelles sont d’environ 17 Mt et vont probablement être revues à la baisse. » Dans la province de Cordoba, la production pourrait chuter de 50 % par rapport à l’an dernier.

Concernant le maïs, les semis sont progressivement reportés, ce qui devrait également être le cas pour le soja et le tournesol. La chute de production fourragère risque d’avoir un impact significatif sur l’élevage, mais il est encore difficile à quantifier car la sécheresse est loin d’être terminée. Selon Adela Ester Veliz, « les agriculteurs argentins doivent se préparer et anticiper ces phénomènes, qui vont être de plus en plus fréquents et intenses en raison du changement climatique ».

Laura Hendrikx