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Les élevages porcins en quête de repreneurs

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Installation
 - Les élevages porcins en quête de repreneurs
©Christian Watier Christian Watier

Alors que plus de la moitié des producteurs de porcs devrait partir à la retraite dans dix ans, l’attractivité pour le métier n’a jamais été aussi mauvaise, alertent les spécialistes de la filière porcine.

« Je fais ce métier depuis 30 ans. Je n’ai jamais connu de période avec une attractivité aussi nulle pour notre métier. En réalité, je n’ai jamais vu un « bordel » pareil en termes d’installation », déplore Philippe Le Vannier, responsable installation et restructuration des élevages pour la coopérative Triskalia en Bretagne.

Chargé de mettre en relation les cédants et les repreneurs, l’homme est inquiet : « Triskalia représente 10 % des éleveurs en Bretagne. Or, sur 300 producteurs naisseurs engraisseurs, il y en a 126 qui ont plus de 52 ans et dont on estime qu’ils vont céder leur élevage dans 10 ans. Ça représente 38 % de notre potentiel de truies. C’est énorme ».

Le renouvellement des générations est un enjeu majeur pour toutes les filières agricoles, il l’est particulièrement pour la production porcine. D’où la volonté de sa fédération nationale de mobiliser les forces sur le sujet : lors de son assemblée générale élective, qui s’est tenue le 13 juin 2017, à Paris, la FNP a organisé une table ronde dédiée au financement en matière de transmission et installation.

Car, outre une image écornée du secteur, c’est surtout le financement qui freine aujourd’hui les vocations.

Coût moyen d’une installation : 653 000 euros

« Il y a 20 ans, les jeunes éleveurs s’installaient sur des terrains vierges, se souvient Paul Auffray, président de la FNP. Aujourd’hui, les installations se font surtout à partir d’élevages existants et souvent très importants. Or, qui dit élevage très important, dit aussi la nécessité dès le départ de mobiliser des capitaux énormes : il y a dix ans, on s’installait avec moins de 200 à 300 000 euros. Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des projets porcins tournés autour de 1 à 2 millions d’euros ».

En Bretagne, le coût moyen d’une installation est de 653 000 euros, contre 550 000 euros en moyenne sur l’ensemble des productions, rappelle Pierre-Marie Vouillot, en charge de l’installation chez Jeunes Agriculteurs. « La valeur de l’exploitation en Bretagne a augmenté de 60 % en 10 ans, confirme Michel Mingam, directeur général de CerFrance Finistère. Et si le nombre de truies par exploitation est en légère hausse – 200 en moyenne – c’est surtout la valeur de l’actif, celle des biens, de l’entreprise, qui a explosé ».

Une rentabilité divisée par deux

Et pour compliquer la donne, « cette augmentation du capital n’a pas été accompagnée par une augmentation de la rentabilité. On est face à des niveaux de rémunération du capital très faible », explique Sébastien Windsor, président de la chambre d’agriculture de la Seine-Maritime, administrateur du groupe Avril et président du comité d’engagement de Sofiprotéol.

Ce rapport entre le résultat et le montant investi a même été divisé par deux en dix ans dans le secteur porcin : la rentabilité moyenne s’établit à 3,4 % depuis ces dix dernières années, alors que durant les dix années précédentes, elle était de 6,8 %.

Trouver des repreneurs, mais aussi des investisseurs qui continuent à espérer une rentabilité de 6 à 8 %, selon Sébastien Windsor, est ainsi devenu extrêmement difficile pour la profession. « Il y a un gros travail aujourd’hui à mener pour attirer dans le métier, atteste Pierre-Marie Vouillot. Donner des perspectives économiques est primordial, c’est pourquoi nous continuerons à nous mobiliser sur la contractualisation ».

De nouveaux modes de financement pour s’installer
De gauche à droite : Pierre-Marie Vouillot en charge de l’installation chez JA, Michel Mingam, directeur général de CerFrance Finistère, Sébastien Windsor, président du comité d’engagement de Sofiprotéol et Philippe Le Vannier, responsable installation chez Triskalia ©R.Aries/GFA
De gauche à droite : Pierre-Marie Vouillot en charge de l’installation chez JA, Michel Mingam, directeur général de CerFrance Finistère, Sébastien Windsor, président du comité d’engagement de Sofiprotéol et Philippe Le Vannier, responsable installation chez Triskalia ©R.Aries/GFA

Les modes de financement de l’installation évoluent. Le point sur quatre des solutions possibles autre que l’emprunt bancaire pour un jeune qui reprend une exploitation porcine.

Le crédit vendeur

Michel Mingam, CerFrance : « C’est un délai de paiement accordé au repreneur par le cédant. La transmission se fait ainsi progressivement. En quelque sorte, le cédant joue le rôle du banquier. Par exemple, sur une exploitation de 500 000 euros, il laisse au repreneur 10 % de crédit vendeur, soit 50 000 euros, qui lui seront remboursés de manière étalée dans le temps. C’est un bon recours, à condition que cela se fasse sur une partie du capital pas trop élevée, car il y a forcément une prise de risque pour le cédant. Il faut aussi que la sortie soit programmée dans le plan d’installation du jeune. Pour le cédant, l’intérêt est fiscal : gardant des parts dans l’outil, ça peut notamment lui permettre d’échapper à l’ISF ».

La Déduction pour la transmission et l’installation (DPTI)

Pierre-Marie Vouillot , JA : « Aujourd’hui, la pyramide des âges fait qu’il faut non seulement aider à installer, mais aussi inciter à transmettre. Or, on se rend compte que les montants de reprise sont de plus en plus importants, pour toutes les productions. JA a ainsi imaginé un outil pour lier la transmission et l’installation, appelée la déduction pour transmission et installation (la DPTI). Son principe : dans les cinq dernières années avant de transmettre son exploitation, le cédant place de l’argent sur un compte, de l’argent défiscalisé. Et, au moment où il transmet son exploitation à un jeune, il récupère un tiers de l’argent qu’il a placé, les deux autres tiers sont laissés à la disposition du jeune repreneur qui a 10 ans pour lui rembourser. Durant la vie d’un exploitant, il y a différentes phases, la première est celle de l’installation, la deuxième, de la modernisation, la troisième, bien souvent du surinvestissement pour échapper plus ou moins à l’impôt. Ce qui fait que le montant de la reprise pour le jeune augmente encore. D’où l’idée de la DPTI : pour permettre aux cédants de défiscaliser autrement qu’en surinvestissant ». La mesure, qui existe déjà aux Pays-Bas, n’a pour le moment pas été validée par le gouvernement, en raison de son coût.

L’ouverture du capital

Sébastien Windsor, Sofiprotéol : « La banque d’investissement du groupe Avril a déjà investi dans des outils de production porcins, via deux méthodes différentes. La première repose sur le fonds d’investisseur extérieur Labeliance invest. Il s’agit d’une prise de participation minoritaire dans le capital d’exploitation pour dix ans. À l’issue de cette période, le jeune installé rachète les parts. Ce fond dont nous sommes partie prenante, est avant tout destiné à des gens assujetti à l’ISF : si vous investissez dans un projet, vous déduisez 75 % de l’ISF. Côté repreneur, l’un des bémols est que l’exploitant doit assurer un suivi de trésorerie mensuel, c’est une lourdeur administrative de plus. La sortie est prévue au bout de 8 ans avec une valeur située entre 135 et 155 % de l’investissement initial. Nous avons financé une dizaine de projets par ce biais, et consommé seulement 3 millions sur les 20 millions d’euros dédiés au fonds. La raison : il n’y avait pas de candidat. L’autre initiative est portée par Sanders qui prend des parts en direct dans des maternités collectives. Mais ça n’a pas bien marché : nous ne sommes jamais « sortis » dans les conditions prévues au départ, il a fallu renégocier à chaque fois. Quand au bout de quinze ans, les parts ont en effet pris 200 à 300 %, l’agriculteur estime que c’est son travail qui a permis cela. Et comme il n’est pas rémunéré sur son travail mais sur son capital, forcément, il a du mal à payer ».

Philippe Le Vannier, Triskalia : « On a créé une holding qui s’appelle la SAS porc avenir. C’est l’argent de Triskalia et ses adhérents : plutôt que de faire un crédit vendeur, on va demander aux personnes qui ont un élevage à vendre, de 500 000 euros par exemple, de placer 100 000 euros sur le compte Triskalia. Cet argent servira au repreneur. In fine, on les remboursera coûte que coûte, peu importe ce qui arrive au repreneur. La SAS porc avenir prend 5 % du capital du jeune qui s’installe dans le cadre d’une SCEA ou SAS parce qu’on ne peut pas le faire dans le cadre d’une EARL, notre statut de coopérative nous l’interdit. Et pour le remboursement, on prévoit avec le jeune un EBE prévisionnel ».

Le cautionnement

Ou la garantie sur emprunt bancaire. Le jeune repreneur s’installe, contracte un emprunt auprès de la banque. Et c’est un tiers (BPI ou Siagi) qui vient se porter caution sur tout ou partie de son emprunt. Ce tiers s’engage à rembourser l’emprunt à la banque si l’exploitation fait faillite.

Rosanne Aries
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