Le débat de ce 1er octobre 2019 concerne le plan d’épandage soumis à la commune par Matthieu et Sandrine Rambaud, un couple d’agriculteurs, pour une parcelle de 1,20 hectare. À entendre les conseillers municipaux évoquer le film « Au nom de la terre » dans leurs propos préliminaires, on croit sentir un intérêt fort pour le monde agricole. Pourtant, quelques phrases lancées à la volée vont montrer une nouvelle fois la méconnaissance du secteur.

« Si j’avais un conseil à donner, je pense qu’il vaudrait mieux se lancer dans le bio », déclare Jean-Paul Macorps, élu socialiste, en évoquant le projet de bâtiment de 39 960 volailles de chair de Matthieu et Sandrine.

Voir à 1h15 les déclarations de l’opposition dans cette captation du conseil municipal du 1er octobre de Fontenay-le-Comte.

Espoirs déçus

Le siège de l’exploitation de Matthieu et Sandrine Rambaud ne se trouve même pas à Fontenay-le-Comte, mais aux Velluire-sur-Vendée, une commune limitrophe. « Au départ, notre but, c’était bien un élevage de pondeuses bio », s’agace Matthieu, qui cultive une centaine d’hectares. Sa femme, fille d’agriculteurs, a travaillé pendant vingt ans à l’extérieur, et le couple peinait à garder du temps pour leur famille.

« On était pressés tout le temps, on ne voyait quasiment pas nos enfants », confie Matthieu. Pour faciliter le quotidien, Sandrine décide en 2018 de s’installer aux côtés de son mari, avec un bâtiment de 2 000 m² de type Louisiane, hébergeant 9 000 pondeuses bio. « On a rencontré les constructeurs le 19 septembre 2018 avec un couple de voisins », se souvient Matthieu. Ces voisins, Alexis Mainard et Lucie Gantier, avaient eux aussi un projet en œuf bio.

Quelques semaines plus tard, Pascal Beaupère, le chargé de développement de la Cavac, leur annonce de mauvaises nouvelles : les projets ne se feront pas, du moins pas dans l’immédiat. « On nous a dit qu’il fallait attendre, mais on ne pouvait pas attendre », s’énerve Matthieu. Avec le sentiment d’avoir été abandonnés par la Cavac, Matthieu et Sandrine acceptent une offre d’une autre coopérative. Les 9 000 pondeuses bio deviennent 39 960 volailles de chair standards en rotation poulet/pintade.

Allegro ou moderato ?

D’après les dernières annonces du CNPO, la filière des œufs bio serait en effervescence, avec des hausses des ventes de 14 % sur l’année passée. Pourquoi Mathieu et Sandrine ont-ils dû se tourner vers une autre activité ? Parce que les projets des éleveurs et la demande des consommateurs sont toujours en léger décalage, comme le rappelle la Cavac.

« Je n’installe pas des gens si je n’ai pas de débouchés », souligne Pascal Beaupère, chargé de développement pour la coopérative. À l’automne 2018, justement, le marché de l’œuf bio est engorgé localement. « Dans cette région plus que dynamique, on va très vite en développement », souligne Pascal Beaupère. Un emballement que les coopératives modèrent par rapport aux demandes des acheteurs, en espérant éviter l’effondrement des cours.

« Si les éleveurs vont plus vite que le marché, nous déséquilibrerons la filière, et ce n’est pas dans l’intérêt de nos nouveaux investisseurs », explique Pascal Beaupère. Pour adapter l’offre à la demande en temps réel, le chargé de développement garde donc toujours dans la manche une liste de candidats à l’installation, pour les solliciter une fois les contrats de vente signés. « La plupart des éleveurs patientent quelques mois », indique Pascal Beaupère.

Autre couple, autre option

Dominique Chartier, élue sur la liste du Front de Gauche, avait elle aussi à redire sur le projet de Mathieu et Sandrine. Sur la captation vidéo du conseil municipal, elle dénonce même qu’« un autre élevage intensif de 15 000 pondeuses vient de s’installer en juillet sur la même commune ».

Cet élevage n’est autre que celui de Lucie Gantier et d’Alexis Mainard qui ont dû eux aussi revoir leur copie à la suite de l’engorgement ponctuel du marché bio. Ils ont accepté une proposition de la Cavac proche de leur projet initial : un élevage de pondeuses en plein air, dans un bâtiment avec lumière naturelle et pondoir au sol, entouré de 6 hectares de parcours.

Méconnaissance du secteur

« Un bâtiment de 2 000 m², c’est impressionnant, mais ça ne dit rien de ce qu’il se passe à l’intérieur. Oui, 15 000 poules ça fait beaucoup, mais sur 6 hectares de parcours, il faut relativiser ! » lance Lucie Gantier. Son agacement, la jeune femme l’a aussi exprimé dans une lettre ouverte publiée sur Twitter, sur son compte « Les Jolies Rousses ».

« Sachez que nous voulions un élevage de label ou bio : je ne jure que par le bien-être animal et pour moi le cahier des charges du label est le plus strict et logique. Seulement nous ne sommes pas en zone de label, et nous n’avons pas eu le marché des œufs bio », écrit Lucie.

Aujourd’hui, Lucie est restée en très bons termes avec la Cavac. « Sans la coopérative, c’est-à-dire sans le débouché, jamais les banques n’auraient accepté notre projet », estime-t-elle. Le plus grand problème, selon Lucie, est finalement l’incompréhension qui demeure chez le grand public quant aux réalités de la production agricole. Pour apaiser le dialogue local, elle recevra donc bientôt les élus de tous bords, « afin d’éviter les discours simplistes, qui opposent les modèles et les producteurs ».

Ivan Logvenoff