Des dizaines de milliers d'hectares inondés, des récoltes perdues, des machines détruites... Alors que l'eau monte toujours dans certaines zones outre-Rhin, les agriculteurs allemands commencent à mesurer l'étendue du désastre, immense dans certaines régions du deuxième producteur agricole d'Europe.

La fédération DBV parlait, la semaine dernière, de 150.000 hectares inondés et d'au moins 300 millions d'euros de dommages. Elle devait publier, ce mardi 11 juin 2013 dans l'après-midi, une nouvelle estimation, plus élevée, alors que la crue historique de l'Elbe se déplaçait vers le nord, touchant maintenant aussi le Schleswig-Holstein rural.

En Bavière, sous les eaux la semaine dernière, l'heure était à la décrue et, pour les exploitants agricoles, au bilan...

Dans le plus grand Etat régional allemand, entre 30 % et 60 % de la récolte de légumes a été détruite, estime Markus Peters, de la fédération agricole bavaroise. Les salades, par exemple, qui étaient juste prêtes à être cueillies, sont perdues.

De manière générale, « la récolte ne sera pas bonne cette année, aussi parce que le temps était déjà mauvais avant (les inondations), mais dans aucun secteur elle n'est complètement perdue », ajoute-t-il.

Les exploitants bavarois ont toujours l'espoir qu'une partie des cultures céréalières seront sauvées. Du fait du temps pluvieux en mai, « les pousses sont encore jeunes, et si elles n'ont pas commencé à pourrir, elles peuvent encore donner quelque chose », dit M. Peters. A condition bien sûr « que l'été arrive enfin ».

A l'Est, « tout est pourri »

Plus à l'Est, dans la Saxe, le tableau est nettement plus sombre. Dans le Land qui abrite Leipzig et Dresde et où l'Elbe a débordé de son lit, 30.000 hectares de prairies et 45.000 hectares de cultures ont été inondés, et, pour celles-ci, « rien ne pourra être sauvé », affirme Andreas Jahnel, de la fédération agricole saxonne. « Les champs sont restés sous l'eau pendant quatre ou cinq jours, tout est pourri », explique-t-il.

Dans la Saxe, « on peut oublier la récolte de 2013 », constate-t-il. Et pourtant, les plantations pourries devront quand même être récoltées. « Avec un peu de chance, elles pourront encore être utilisées pour les installations de biogaz », espère-t-il.

L'Allemagne est le deuxième producteur céréalier européen, derrière la France. C'est aussi, et de loin, le premier producteur de pommes de terre du continent. Or, les inondations menacent toute la filière du tubercule, a expliqué mardi le président de la fédération de l'industrie de transformation des fruits et légumes BOGK, Horst-Peter Karos.

« Il va y avoir des pertes » dans la production, a-t-il dit dans la presse, « et il n'est pas improbable que, dans certaines régions, il devienne difficile de se fournir en frites, chips et Knödel », la boulette de pommes de terre très prisée des Allemands.

De manière générale, « même s'il risque d'y avoir des goulots d'étranglement çà et là, l'approvisionnement sera garanti partout » et pour tous les produits, assure cependant M. Peters de la fédération bavaroise.

Mais il espère vivement que les professionnels de l'alimentation, les industries de transformation et les distributeurs, contraints de se tourner dans l'immédiat vers d'autres fournisseurs, vont à terme rester fidèles aux exploitants touchés. « Les agriculteurs doivent pouvoir compter sur la compréhension de leurs partenaires dans le commerce », a-t-il plaidé.