« Dépôt sauvage, retour à l’envoyeur ! » C’est avec ces mots que Jean-Marc Bergia, maire de la commune de Saubens en Haute-Garonne, tweete l’après-midi du 28 juillet 2020. En cause, une montagne de déchets déposée illégalement au bout d’un chemin communal. Selon les estimations de la mairie, ce sont au total « près de 300 kilos » d’ordures qui jonchaient le sol.

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Le propriétaire « surpris » de voir ses déchets revenir

« C’est un agriculteur qui m’a contacté pour me dire qu’il y avait un dépôt sauvage et qu’il avait identifié les coordonnées de la personne, relate le maire de Saubens à La France Agricole. Je lui ai dit ‘j’arrive pour faire le constat de tout ça’! » Une fois sur place, Jean-Marc Bergia trouve deux documents qui permettent d’identifier nominativement l’auteur des faits et qui, en plus, lui donnent « des informations sur le village » où il réside.

C’est à partir de cet instant-là que le maire du village a pris une décision. En plus d’une amende de 68 euros établie à l’encontre du « contrevenant », il a demandé à ses services techniques de charger la benne de tous les déchets. « Carrelage, bordures métalliques, chaussures de foot, sapin de Noël, guirlandes… » qui composaient l’amas d’ordures. « C’étaient à la fois des affaires professionnelles et personnelles », détaille encore le maire.

« On est parti chez le monsieur et là, on a benné devant sa porte. J’ai sonné pour le prévenir que c’était un dépôt maîtrisé et non sauvage, que le maire de son village en était avisé. Tout était réglé. » Sans donner d’explication à son geste, l’auteur des faits « surpris » de voir ses près de 300 kilos de déchets revenir devant sa porte « a présenté ses excuses », raconte Jean-Marc Bergia.

Pourquoi au bout de ce chemin communal ? Selon le maire, étant donné qu’il s’agit d’une impasse sur le bord de la Garonne qui est « à l’abri des regards », « on peut benner ce qu’on veut. » Encore faut-il ne pas se faire démasquer.

« Les dépôts sauvages, c’est quasiment une fois par semaine »

« Il a eu tout faux, se réjouit le maire. Pour nous, c’est une chance, car il y avait un gros volume et qu’on a pu en faire une action et alerter tout le monde. » Mais, si cette fois « on a réussi à faire ce coup-là, ça ne représente que 5 ou 10 % de toutes nos actions, le reste du temps », le propriétaire des ordures n’est jamais retrouvé.

Un constat alarmant que dresse Jean-Marc Bergia qui explique que tous les lundis, son équipe fait le tour du village pour s’occuper des ordures laissées à l’abandon en fin le week-end. « Les dépôts sauvages, c’est quasiment une fois par semaine qu’on doit gérer. On a toujours un sac-poubelle ou un réfrigérateur au bord de la route. »

Mais ce qui préoccupe davantage la mairie est le fait que cela se passe non seulement en zone urbaine mais également au bord des routes qui longent les champs et les prairies. « C’est dangereux pour les bêtes » qui peuvent ingérer des résidus métalliques et obliger ainsi l’éleveur « à faire implanter un aimant dans la panse de ses animaux. » Une opération coûteuse dont se passeraient bien les agriculteurs, et les maires de villages qui se battent pour que les riverains cessent de jeter leurs déchets où bon leur semble.

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Oriane Dieulot