« Je n’ai rien pu faire », regrette Emmanuel, qui est arrivé trop tard devant les trois bâtiments en feu. Heureusement, les pompiers sont intervenus à temps, et l’incendie a été limité au 2 200 m² dans lesquels Emmanuel élève ses volailles de chair. Mais les choses auraient pu être plus dramatiques.

« Sans l’alerte de mon chien, l’incendie aurait pu atteindre le hangar de stockage de fourrages, décrit-il. Avec la sécheresse, il aurait même pu se propager jusqu’à mon habitation. » Un comble : alors que les tags retrouvés sur place le désignent comme le bourreau des animaux, Emmanuel a été sauvé par l’un d’eux.

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« Après, on se lève tous les matins avec l’appréhension. Psychologiquement, ça laisse des traces », explique prudemment Emmanuel. La même peur, chaque jour : le feu reviendra-t-il sur la ferme ?

Emmanuel suivait les aventures de ses collègues, il connaissait le nom des associations militantes. Il avait entendu parler des dégradations de commerces. Il ne pensait cependant pas que la violence arriverait chez lui. « On ne l’imagine pas, mais dans n’importe quelle production ça peut nous tomber dessus », regrette-t-il.

Victime désignée

Selon Emmanuel Prévost, son exploitation était présente sur la carte disparue de Greenpeace au titre d’installation classée. Si elle ne figure pas actuellement sur celle de DxE, il est facile de supposer que ces différentes initiatives de recensement ont inspiré les auteurs de ces actes.

DxE France déplore pour sa part ces incendies. Pour des raisons évidemment opposées à celles du secteur. « C’est contre-productif à court terme. Avec le durcissement des dispositifs de protection, notre travail d’enquête va être gêné. Nous sommes déjà surveillés, et les choses vont devenir encore plus compliquées », lâche William Burkhardt, l’un des fondateurs de cette branche française de DxE.

Une insulte à la mémoire

La Confédération paysanne avait elle-même publié une carte des fermes usines en 2015. Mais en 2018, lorsque Greenpeace avait publié sa carte, Laurent Pinatel, alors aux commandes du syndicat, avait eu des échanges tendus avec l’association. Il refuse toujours l’amalgame entre ces deux initiatives.

« Sur notre carte il n’y avait que 29 exploitations, que nous dénoncions pour leur modèle. Pointer du doigt des gens sur la seule base d’une installation classée sans distinguer leur taille ni leurs pratiques, ce n’est pas constructif », affirme l’ancien porte-parole de la Confédération paysanne.

S’il ne s’exprime plus au nom de son syndicat, Laurent Pinatel voit dans ces actes une dérive intégriste du mouvement végan. « Ce sont des fous, qu’il faut condamner sans relâche », dénonce-t-il.

Ivan Logvenoff