« L’intérêt des éleveurs de porcs n’est pas d’être présents sur tous les réseaux sociaux mais de s’intéresser déjà à ceux qui pèsent le plus : Facebook, Twitter, YouTube et Instagram. Twitter étant, je trouve, particulièrement adapté aux éleveurs qui voudraient se lancer. Ce réseau est celui qui parle le plus d’agriculture, d’élevage et d’alimentation : 74 % des discussions autour de ces thèmes se font là. C’est aussi le plus actif, celui qui permet de parler facilement au plus grand nombre. Les filières agricoles ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. Inaporc, Interbev, le Cniel, etc. tweetent et la majorité de leurs campagnes de communication passent par ce canal.

Une stratégie récente

Comparée aux autres, la filière porcine a quelque chose de très atypique. Elle fait face à une association, DxE France (Direct action everywhere), qui concentre son discours sur cette production. DxE France a fait parler d’elle ces derniers mois en s’introduisant dans des élevages, notamment en Mayenne, mais elle reste relativement peu connue. Sur Twitter, elle dénombre 30 000 abonnés. On est très loin de la notoriété mondiale d’une association comme Greenpeace ou des 800 000 abonnés de L214.

L’interprofession porcine est arrivée tardivement sur les réseaux sociaux. Ses premières expériences datent de 2017. Aujourd’hui, elle a un compte Twitter à visée professionnelle avec 1 000 abonnés et s’adresse aux consommateurs via un compte Facebook. Celui-ci comprend 40 000 abonnés. Dans une approche à plus long terme, l’Inaporc fait aussi de la veille et a formé, dans le cadre de sessions régionales, une petite cinquantaine d’éleveurs. Ainsi, des gens comme Adrien Simon, en Ille-et-Vilaine, Mickaël Guilloux ou Vincent Noël, en Mayenne, sont présents sur Twitter. Par contre, c’est vrai qu’il manque à la filière un youtubeur « porcher » !

Aborder les sujets sensibles

L’interprofession s’est également rapprochée d’influenceurs avec, jusqu’ici, une logique culinaire. Elle ne met pas en ligne des vidéos coups de poing ou insolites, qui ont toujours plus de visibilité, mais des réalisations dont l’objectif est de promouvoir les produits. Il faudra pourtant, dans un second temps, aborder les sujets sociétaux. Il n’y en a pas de bons ou de mauvais. Même ceux qui sont sensibles, comme le meulage des dents, la castration ou la caudectomie, peuvent être abordés.

Simplement, il faut les présenter de manière factuelle, en expliquant pourquoi et comment on le fait, et en montrant que derrière la pratique, quelqu’un réfléchit à ce qu’il effectue. Il est essentiel de donner une vision réaliste de l’agriculture et il n’y a que les éleveurs qui peuvent le faire. Encore une fois, en tant que consommateur, quand je pose une question via les réseaux sociaux, je n’ai pas forcément envie que ce soit L214 ou une autre association “anti-élevage” qui me réponde. »

Propos recueillis par Anne Mabire

(1) Mathias Morel a partagé sa réflexion à l’assemblée générale du Comité régional porcin des Pays de la Loire, le 7 juin à Angers (49).