« Ça fait six mois qu’on attend des réponses », dénonce Yann Vétois, éleveur de la région et membre du collectif « Pour que vive la Piège ».

Au début de l’année, les agriculteurs du canton ont appris que leurs communes ne seraient plus considérées comme zone défavorisée à partir du 1er janvier 2019. Condition nécessaire pour obtenir l’ICHN, ce classement est pourtant essentiel pour garantir le revenu de ces exploitants. Ils se sont alors constitués en collectif, avec le soutien des élus et des habitants.

Jusque-là, « Pour que vive la Piège ! » se contentait de réclamer la visite de Stéphane Travert afin de lui demander de rétablir le classement en zone défavorisée. Ses membres ont cru obtenir satisfaction en mars, mais, au dernier moment, le ministre avait annulé sa venue dans leur région. Et depuis, c’est le silence.

Agir face à l’indifférence

En apprenant la venue du Tour dans la région, le collectif décide donc de passer à l’action. « On est des paysans, souligne Yann Vétois, mais on a un semblant de stratégie. » Éleveurs bovins, ovins ou caprins, lait ou viande, tout le monde s’est mobilisé.

En passant par les champs, les exploitants ont installé une barricade de paille sur la route, juste avant l’arrivée du peloton. Juste derrière les tracteurs, une centaine de moutons se tenaient également prêts à bondir.

L’équipe du préfet a tenté de dissuader les éleveurs le matin même, sans succès. À force de déceptions, le collectif « Pour que vive la Piège » était cette fois déterminé.

Drame selon la police, réussite d’après les manifestants

L’arrêt du Tour n’aura duré que quelques minutes. Les forces de l’ordre sont rapidement intervenues pour saisir les manifestants et débarrasser la route des bottes de paille.

« On s’est fait gazer par la police », explique Yann Vétois. Des images, reprises par plusieurs médias, montrent les cyclistes se frottant les yeux. Ce ne sont donc pas les éleveurs mais bien les autorités qui sont à l’origine de la gêne des sportifs.

Le syndicat majoritaire condamne

Dans un communiqué publié dans l’après-midi, la FNSEA estime que « le Tour ne peut pas être le terrain où s’expriment les revendications ». Le syndicat, en partenariat avec les cyclistes depuis dix ans, considère par ailleurs que « le Tour doit rester un événement sportif et festif ».

Aucun éleveur n’a pour le moment été interpellé. Le collectif semble avoir atteint son objectif : obtenir l’attention des médias et des politiques. Le ministre se rendra-t-il dans l’Aude au cours des prochaines semaines ?

Ivan Logvenoff