«Nous avions pris l'habitude de croire que les matières premières agricoles, au moins dans nos pays développés, étaient largement disponibles et bon marché. [,,,] Mais voilà, dès qu'il s'agit de matières premières, le cours a ses raisons que la raison ignore. Et les prix agricoles, à la surprise générale, se sont emballés après des décennies de baisse, suscitant l'inquiétude des consommateurs, des industriels et des éleveurs», constate le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, dans une tribune publiée dans Libération du lundi 3 septembre.

Outre la hausse de la demande mondiale, des accidents climatiques, le développement de l'éthanol aux Etats-Unis, le ministre estime que cette hausse des prix est également due à «la faiblesse des stocks mondiaux qui résulte elle-même de politiques agricoles restrictives, notamment en Europe».

«Dans ce contexte d'incertitude, une chose est sûre: il faudra apprendre à gérer la volatilité des cours. Certes, la Pac avait permis d'échapper à l'instabilité des marchés et des prix mondiaux, mais son évolution au fil des ans s'est traduite par un affaiblissement des outils de régulation des marchés agricoles», ajoute Michel Barnier.

Rappelant que «près de la moitié de l'humanité vit directement de l'agriculture», il affirme que «la hausse des prix favorise aussi les activités agricoles dans les pays en développement, alors que des prix de dumping déstructurent les agricultures locales. Faut-il encore que les pays les plus pauvres mettent en oeuvre des politiques agricoles pérennes. C'est tout le débat du codéveloppement qui se retrouve posé. J'ai d'ailleurs proposé ce thème pour ouvrir la présidence française de l'Union européenne en juillet prochain».

En Europe, la hausse des prix «permettra aux agriculteurs de moins dépendre des aides et de retrouver un niveau de prix significatif économiquement, ce qui est un des objectifs du président de la République».

En termes de politique agricole, «la situation actuelle illustre combien les impératifs d'indépendance et de sécurité alimentaire sont toujours plus stratégiques pour la France et l'Union européenne face aux besoins alimentaires et énergétiques mondiaux», affirme le ministre de l'agriculture.

«Il faut innover pour concilier une politique de soutien par les aides, notamment dans les régions fragiles, avec une politique de stabilisation des marchés qui responsabilise davantage les filières dans le cadre d'une nouvelle gouvernance», ajoute-t-il.

«Pour cela, les voies à explorer sont nombreuses et variées, que ce soient des stocks de sécurité, des fonds interprofessionnels, des dispositifs en matière d'assurances, une réorganisation commerciale ou un dialogue interprofessionnel accru».

«Ces thèmes seront au coeur des assises de l'agriculture que j'ouvre le 5 septembre avec les représentants des agriculteurs, des entreprises agroalimentaires, des distributeurs, des consommateurs et des associations de protection de l'environnement», poursuit Michel Barnier.

«Ce débat n'est pas seulement un débat agricole, il concerne chacun d'entre nous dans sa fonction vitale: se nourrir. Il n'est pas un débat franco-français mais un débat d'abord européen, et nous le porterons auprès des autres Etats membres de l'Union», conclut le ministre.