La présidence espagnole de l'Union Européenne (UE) propose de distribuer des excédents agricoles communautaires aux victimes du séïsme en Haïti, a indiqué lundi la ministre espagnole de l'Agriculture, à son arrivée à une réunion à Bruxelles avec ses homologues européens.

 

L'agriculture européenne est régulièrement excédentaire, notamment dans le domaine du lait, du beurre et autres produits agricoles transformés.

 

A la question d'un journaliste de savoir si l'Espagne y était favorable, Elena Espinosa a répondu : « Ce n'est pas à l'ordre du jour (de la réunion), mais nous allons essayer de l'inclure » pour « travailler au sein de la Commission sur ce sujet», a-t-elle souligné.

 

Elena Espinosa a cependant relevé qu'il semblait n'y avoir «pas beaucoup d'excédents emmagasinés» à l'heure actuelle en Europe.

 

L'UE dispose notamment des stocks d'interventions de beurre d'environ 77.000 tonnes, et de quelque 272.000 tonnes de lait en poudre. En matière de céréales, les stocks concernent essentiellement le blé (1.129 tonnes) et l'orge (91.400 tonnes), selon la Commission européenne.

 

Le ministre français de l'Agriculture Bruno Le Maire a souligné que «face à la détresse alimentaire que connaît Haïti aujourd'hui, c'est évidemment une très bonne chose», tout en insistant sur la nécessité d'agir également sur le long terme pour «garantir la sécurité alimentaire d'Haïti». La France sur ce point vient de décider de lancer un programme de soutien à des micro-projets agricoles en Haïti qui sera doté de 5 millions d'euros sur deux ans, a souligné le ministre français.

 

En parallèle à la réunion des ministres européens de l'Agriculture et de la Pêche se déroulait à Bruxelles une réunion des ministres européens de l'aide au développement, convoquée en urgence et présidée par la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton. Ils se sont entendus pour débloquer quelque 429 millions d'euros d'aide à Haïti au titre de l'aide d'urgence, mais aussi pour la reconstruction à moyen et long terme du pays dévasté.

 

De son côté, la FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, a appelé samedi à Rome les bailleurs de fonds à mobiliser 23 millions de dollars à l'attention de l'agriculture haïtienne sinistrée.

 

En s'adressant à eux, la FAO a indiqué lundi qu'en Haïti « l'agriculture nécessitera des fonds de l'ordre de 23 millions de dollars dans le cadre de l'appel des Nations unies de 562 millions de dollars lancé à la communauté internationale au lendemain du tremblement de terre qui a dévasté ce pays le 12 janvier dernier ».

 

Selon l'organisation humanitaire, ce montant permettra de soutenir la production agricole dans les champs et les jardins potagers non seulement dans les zones dévastées par le séisme, mais aussi dans les zones rurales qui n'ont pas été directement touchées, mais qui subiront néanmoins les effets du désastre qui a frappé principalement Port-au-Prince.

 

Le pays dépend largement des importations de produits alimentaires depuis une vingtaine d'années. Environ 80 pour cent des Haïtiens trouvent une occupation dans le secteur agricole mais ils n'ont ni l'expertise nécessaire ni le matériel adéquat, et la FAO estime qu'environ la moitié de la population du pays est sous-alimentée.

 

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé un appel à la communauté internationale pour une collecte de fonds destinée à lui permettre de nourrir quelque 2 millions de personnes à la suite du tremblement de terre, révèle également la FAO.

 

« La prochaine saison des semis débutant en mars, le soutien aux agriculteurs au cours des prochaines semaines est vital afin d'empêcher la sécurité alimentaire nationale de dégénérer », martèle la FAO.

 

L'organisation réclame aussi des fonds pour la remise en état des petites infrastructures agricoles détruites par le tremblement de terre, notamment les canaux d'irrigation, l'industrie de transformation agricole, les marchés, les routes et autres infrastructures essentielles.

 

Devant le nombre incalculable de personnes déplacées, la FAO « envisage également de lancer, en milieu urbain et périurbain, de projets agricoles s'appuyant sur les jardins potagers et dont profiteraient les victimes du séisme [...] ».

 

Les petits producteurs agricoles haïtiens ont « essentiellement besoin » d'outils agricoles, d'engrais, d'haricots de bonne qualité, de semences de maïs, de pois et de légumineuses ainsi que de bétail, notamment d'animaux de basse-cour (poules, porcs, etc.), a indiqué la FAO. Et les produits horticoles assurant une bonne nutrition pousseront dans les trois mois s'ils sont plantés maintenant, souligne-t-elle.

 

Par ailleurs l'ONG Agronome & vétérinaires sans frontières (AVSF) a lancé un appel aux dons en faveur des communautés paysannes sur son site internet (www.avsf.org) ou par courrier (voir l'encadré). L'organisation « engage ses équipes dans le soutien à la relance de la production alimentaire ».

 

Après les opérations de secours et de première urgence auprès des paysans et de leurs familles, indique l'association, les équipes sur place d'AVSF « vont se mobiliser pour la reconstruction de l'activité agricole » dans les régions rurales ravagées de Jacmel et de ses environs. Elles interviendront également dans une partie de la plaine de Léogane jusqu'à Port-au-Prince, alors que la situation alimentaire risque de devenir « très difficile pour les Haïtiens », souligne l'association.

 

Dans cette région où les routes et les moyens de communication sont aujourd'hui coupés, la situation est d'autant plus dramatique que les communautés paysannes vivant de l'agriculture ont aussi pour vocation d'alimenter les marchés locaux et la capitale en productions vivrières, s'inquiète AVSF.

 

L'ONG explique que « le soutien aux petits paysans et à leurs familles et à la remise en état tant de leurs habitations que d'installations agricoles vitales dévastées (étables, silos, greniers, canaux d'irrigation, etc…) » va être une priorité pour ses équipes dans les jours et semaines qui viennent.

 

Avec une aide de 50 euros par mois pendant 3 mois, AVSF estime pouvoir soutenir une famille paysanne démunie et l'aider à retrouver durablement les moyens d'assurer sa subsistance et de vendre sa production (lait, volailles, denrées alimentaires…) dans les villages alentour et vers la capitale.

 

 

 

Pour faire un don pour les communautés paysannes d'Haïti :

www.avsf.org ou AVSF, Solidarité Haïti, 45 bis avenue de la Belle Gabrielle, 94736 Nogent-sur-Marne.

Les chèques doivent être libellés au nom de : AVSF Solidarité Haïti. AVSF est membre du Comité de la Charte du don en Confiance.

 

B.V.