Quelle protection offre un vaccin ?

Gilles Salvat et Nicolas Eterradossi : Quand on parle vaccin disponible, cela concerne uniquement les gallinacées. Pour les palmipèdes, il n’existe aucun vaccin contre l’influenza aviaire avec autorisation de mise sur le marché (AMM) – probablement du fait d’un marché trop restreint et du fait que la vaccination est interdite en Europe. Des vaccins sont actuellement testés par l’Anses, mais les résultats sont en cours d’analyse. Il est parfois possible de contrôler les signes cliniques, mais pas toujours l’excrétion virale. De plus, les vaccins existants pour les gallinacées ne ralentissent pas forcément la multiplication du virus chez le canard !

Une immunisation partielle est possible. Mais la diversité des virus aviaires est plus importante que chez l’homme, il est donc plus difficile de protéger les volailles contre toutes les souches. Ces dernières évoluent si vite que le temps qu’un vaccin soit mis au point et obtienne une AMM, il risque de ne plus être efficace contre les nouveaux variants. De plus, contrairement à la grippe humaine, plus « homogène » au niveau mondial, certaines souches aviaires circulent à un endroit donné, et d’autres souches à un autre endroit. C’est le cas cette année, avec deux H5N8 en Europe et des H5N6, H7N9 et H5N1 en Asie. Enfin, les virus aviaires étant moins surveillés, il est plus difficile de déterminer contre quelles souches élaborer les vaccins.

Un vaccin est-il efficace lors d’une épizootie ?

G.S. et N.E. : Il est souvent proposé de vacciner en couronne autour d’un foyer, pour éviter la propagation. Mais on se heurte au facteur temps : il faut trois, quatre semaines aux volailles pour acquérir l’immunité après vaccination, sans compter le temps de préparer le vaccin et de le déployer sur le terrain. On ne peut compter sur le vaccin pour faire une barrière instantanée au virus. Cette mesure ne peut donc se substituer aux autres mesures d’urgence, à savoir la surveillance de l’état sanitaire des animaux avant tout transport, la restriction de mouvements autour des foyers, et le respect des mesures de biosécurité. Dans la crise de 2016-2017, en appliquant ces mesures on n’aurait pas évité quelques foyers transmis par la faune sauvage, mais on aurait évité d’en avoir 500 !

Un réseau de surveillance est nécessaire, pour savoir contre quoi se protéger. Ainsi, si un vaccin avait été préparé contre le H5N8 qui a circulé en 2014-2015, il n’aurait pas été efficace en 2015-2016 car il s’agissait alors de virus différents. Et même si on vaccine, il faut surveiller les animaux car subsiste la possibilité d’une circulation « à bas bruit » d’un virus autre, contre lequel les volailles ne seraient pas, ou pas complètement, protégées.

Avant tout mouvement, les volailles devront présenter une virologie négative. Quelle différence entre virologie et sérologie ?

G.S. et N.E. : Une virologie recherche la présence du virus lui-même. Une sérologie recherche la présence d’anticorps dirigés contre le virus, fruits d’une réponse immunitaire faisant suite à un passage viral ou une vaccination. Compte tenu du temps d’incubation, un animal infecté sera positif en virologie moins de 24 heures après sa contamination, tandis qu’il faut compter deux, trois semaines pour une sérologie positive suite à l’infection. Dans un troupeau séropositif mais vironégatif, le virus est passé, mais il peut ne plus être présent (si l’infection remonte à plus de deux semaines). Cependant, on ne peut exclure que certains animaux continuent à être faiblement excréteurs, ou qu’il reste des virus dans l’environnement (ils peuvent survivre jusqu’à cinq à huit semaines dans les lisiers contaminés) qui puissent recontaminer les volailles.

La protection n’est pas acquise dans le temps : s’il est en situation de stress (transport, ponte, etc.), un animal séropositif de nouveau confronté au virus peut le ré-excréter et donc le re-propager. Les près de 500 troupeaux viropositifs et les quelques troupeaux séropositifs, détectés lors des opérations de surveillance, ont été abattus pour cette raison : ne pas laisser en place des animaux viropositifs, d’une part, et vironégatifs mais séropositifs, d’autre part. En tant que scientifiques, nous pouvons seulement dire : le moyen le plus simple pour être sûr de l’absence du virus, est de passer par une phase de dépeuplement-nettoyage/désinfection/vide sanitaire-remise en place d’animaux séronégatifs.

Propos recueillis par Elsa Casalegno