Dans la petite salle communale de Lenax, le Premier ministre a poursuivi sa tournée des débats locaux, dans ce village d’Auvergne de 250 habitants. Pour un échange mini-format avec trente à quarante personnes, dont quelques « gilets jaunes » et deux tiers d’hommes.

Des agriculteurs sceptiques sur le courant écologique, inquiets de l’avenir en pointillé de la Pac ou des concurrences à armes inégales, ou peu portés par la vogue du bio… Des éleveurs de campagne qui se disent stigmatisés par L214 et les militants du bien-être animal… Le passage dans cette partie reculée du Bourbonnais a beaucoup tourné autour des questions agricoles.

« Je suis gilet jaune, c’est vrai, mais c’est aussi parce que je voulais pas que le monde rural soit oublié », explique un agriculteur, la quarantaine.

« On a beaucoup d’agriculture-bashing (dénigrement du monde agricole, NDLR) dans les médias », s’émeut la vétérinaire des environs. « Ici on fait des bovins allaitants charolais, c’est respectueux de l’environnement. On a des systèmes bocagers avec beaucoup de haies et les agriculteurs d’ici utilisent peu de pesticides », plaide-t-elle.

« On essaie de développer les circuits courts, mais on garde l’idée d’une agriculture qui soit compétitive. Nous avons des marchés à l’étranger que nous ouvrons… Pour les agriculteurs français, le Ceta c’est un superbe traité », défend Édouard Philippe.

« C’est beau, mais c’est loin ! »

Dans le coin, le « grand débat » reste petit : deux maires seulement ont décidé d’organiser des réunions. Pascal Baudelot, le maire de Lenax – prononcez « Lena » – qui a organisé la réunion, est déçu par ses voisins. « C’est une occasion unique. Tout le monde peut apporter sa petite contribution », plaide-t-il.

Guy Labbé est l’édile du Donjon, qui fait presque office de gros bourg ici avec ses 1 100 habitants. Il « trouve inadmissible qu’on mette les 80 km/h sur les routes qui ont des bandes blanches ». Il propose de ne laisser les 80 km/h que pour les petites routes de campagne sans peinture.

« Il n’y a jamais eu aussi peu de morts sur le réseau en France depuis qu’on compte 116 morts en moins grâce aux 80 km/h. C’est pas rien ! », défend Édouard Philippe.

Un des participants interpelle le Premier ministre sur la fermeture des commerces « dans nos beaux villages ». « On est tous attachés à avoir un petit café où on peut se réunir, il faut vraiment nous aider ».

Le Premier ministre dit réfléchir « à des mécanismes qui inciteraient très fortement à l’ouverture de commerces dans les toutes petites communes. Il faut qu’on essaie de trouver un dispositif. J’y crois beaucoup mais j’ai pas encore la solution », reconnaît-il.

Les médecins ? Ici il faut neuf mois pour voir un spécialiste, plus d’une semaine pour un généraliste, explique une habitante.

Un futur projet de loi va faire disparaître les numerus clausus, répond Philippe. « Ah ! », saluent plusieurs personnes dans la salle. Mais il n’est pas question de contraindre des médecins à s’installer à la campagne, tente-t-il de faire admettre.

Venu avec la secrétaire d’État à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, sa camarade de promo à l’ENA, Édouard Philippe le juppéiste cultive son côté chiraquien, qui lui a souvent fait défaut quand beaucoup ont attaqué sa raideur « techno » au début de la crise des « gilets jaunes ».

Il s’excuse d’être arrivé en retard : Lenax, « comme disait le président Chirac, c’est beau, mais c’est loin ! »

En multipliant les déplacements, le Premier ministre veut aussi tuer cette rumeur voulant qu’il ne partage pas l’enthousiasme d’Emmanuel Macron pour le grand débat. Des débats « passionnants » et « utiles » aux yeux d’Édouard Philippe.

En s’engouffrant dans l’avion pour Paris, il s’exclame : « C’est pas sympa un petit débat comme ça ? Il est où le prochain ? »

AFP