Spécialiste des arcanes bruxelloises et de la Pac, l'eurodéputé Stéphane Le Foll a été nommé, mercredi, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. Une nomination unanimement saluée.

François Hollande et le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault, ont fait durer le suspense, mercredi, et de nombreux noms ont circulé avant que ne soit désigné le nouveau « ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire ».

C'est finalement un député européen en charge des questions agricoles, Stéphane Le Foll, qui a été choisi pour prendre la suite de Bruno Le Maire, rue de Varenne. D'abord écarté en raison d'impératifs politiques, celui qui fut le responsable de l'organisation de la campagne de François Hollande lors de la présidentielle de 2012 a été repêché au dernier moment pour prendre place dans le gouvernement. Une consécration pour ce fils d'instituteur et petit-fils d'agriculteur et ancien professeur de l'enseignement agricole.

Après huit années passées au sein de la commission de l'agriculture au Parlement européen, Stéphane Le Foll a l'expérience du compromis. Une qualité essentielle pour reprendre les négociations sur la réforme de la Pac, tant les positions des Etats membres sont exacerbées en cette période de crise. Une qualité qui devra être poussée à l'excellence pour tenir l'engagement de campagne du président de la République de maintenir « à son niveau actuel » le budget de la Pac.

Sur le plan national, plusieurs dossiers épineux l'attendent aussi. En particulier sur les questions environnementales : les suites à donner au Grenelle ou au plan Ecophyto, la gestion de l'eau, les OGM... Stéphane Le Foll devra travailler, main dans la main, avec la nouvelle ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie : Nicole Bricq, spécialiste des finances et auteur, en tant que députée, puis sénatrice, de rapports sur la fiscalité environnementale et écologique.

Ainsi que l'avait suggéré la FNSEA, le périmètre du ministère de l'Agriculture a été élargi à l'agroalimentaire. Exit l'aménagement du territoire (l'écologiste Cécile Duflot est nommée ministre de l'Egalité du territoire et du Logement). Le syndicat majoritaire l'avait réclamé à François Hollande, dès son élection. « Un maillage plus intime entre production agricole et produits alimentaires est essentiel », avait déclaré Xavier Beulin, président de la FNSEA. Pour lui, ces deux secteurs sont « interactifs », ne serait-ce que pour répondre aux enjeux de sécurité alimentaire ou d'exportation. Ce nouvel intitulé fait aussi naître des espoirs quant à l'amélioration des rapports de force tout au long de la filière. 

Stéphane Le Foll, 52 ans, est titulaire d'un BTS agricole, d'un DEA en économie et d'un diplôme supérieur du Cnam. Il a été enseignant au lycée agricole de Rouillon, enseignant en économie au lycée de la Ferté-Bernard, chargé de travaux dirigés à l'université de Nantes. Il fut conseiller technique auprès de Louis Le Pensec, ancien ministre de l'Agriculture.

Dans un communiqué, envoyé peu de temps après l'annonce du gouvernement, la FNSEA félicite Stéphane Le Foll. « C'est un fin connaisseur de l'agriculture et de l'Europe qui fait son entrée au gouvernement », approuve le syndicat. Pour la FNSEA, un ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire conforté « constitue un signe positif, un signal stratégique ». « L'agriculture peut donner le meilleur d'elle-même pour l'emploi, l'environnement, la ruralité, la qualité de l'alimentation, l'innovation et les énergies renouvelables. L'agriculture doit montrer la voie en Europe pour un modèle qui fédère, qui rassemble et protège », continue le syndicat avant de recommander au nouveau ministre d'« emprunter un chemin pour une agriculture et des filières agroalimentaires alliées aux consommateurs et aux citoyens, conscients de l'utilité d'un avenir commun. »

Le syndicat Jeunes Agriculteurs se félicite du maintien d'un grand ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire. « Un ministère qui sera dirigé par Stéphane Le Foll, fin connaisseur des dossiers agricoles et européens », souligne-t-il. « En effet, dans un contexte de crise, la France va devoir négocier la réforme de la Pac, rester crédible et peser de tout son poids pour garder un secteur agricole stratégique ». François Hollande a érigé la jeunesse en pilier de son action. JA compte bien le lui rappeler pour sa politique agricole, tout au long de son mandat.

La Confédération paysanne félicite Stéphane Le Foll, même si elle aurait aimé qu'il soit également ministre « des paysans ». Le syndicat accueille positivement cette annonce, et « espère un changement de méthode » et, surtout, le pluralisme syndical. « Donnons-nous les moyens de maintenir des paysans français nombreux sur tous les territoires pour produire une alimentation locale et de qualité pour l'ensemble des citoyens : droits sociaux, droit d'accès au foncier... », exhorte le syndicat.

La Coordination rurale (CR), qui a félicité le nouveau ministre, « espère que la grande expérience de M. Le Foll en matière de questions agricoles au niveau européen permettra à la France de prendre une part active dans la définition de la nouvelle orientation de la Pac qui est attendue par les agriculteurs ». « Le ministère de l'Agriculture change de nom en devenant également celui de l'Agroalimentaire. Espérons que ce nouveau champ de compétence ne viendra pas diluer la défense des producteurs qui sont à l'origine de la richesse de toutes les filières ». Par ailleurs, la CR « souhaite que le nouveau ministre tourne le dos à la cogestion pour mettre en place un pluralisme syndical réellement démocratique ». « M. Le Foll devra permettre aux agriculteurs de se libérer des carcans administratifs et de vivre dignement de leurs productions plutôt que d'aides », ajoute le syndicat.

Le Modef, qui a lui aussi félicité le nouveau ministre, lui rappelle « les fortes attentes des exploitants familiaux pour un changement de politique agricole en rupture avec celle qui est responsable de la suppression de 340.000 emplois en équivalent temps plein en dix ans, de la sous-rémunération du travail paysan, de la délocalisation des productions agricoles ». Le syndicat demande à Stéphane Le Foll de « mettre la justice sociale au coeur du changement par une revalorisation des retraites agricoles à 85 % du Smic, par une redistribution des aides vers les exploitants familiaux, par une juste redistribution de la valeur ajoutée en encadrant les marges de la grande distribution, en garantissant des prix agricoles rémunérateurs ». Enfin, le Modef demande au nouveau ministre de « réviser les règles de la représentativité et d'ouvrir les instances de concertation et de négociations à tous les syndicats dont le Modef ».

Les Chambres d'agriculture (APCA) « accueillent la nomination de Stéphane Le Foll avec la plus grande considération. Le nouveau ministre est un vrai connaisseur des questions européennes et un défenseur résolu de la Pac et de son budget. Les chambres d'agriculture ont travaillé avec lui, en particulier au Parlement européen où il a soutenu l'innovation et le conseil en agriculture. »

Les chambres d'agriculture se félicitent aussi « de l'élargissement du périmètre du ministère de l'Agriculture aux industries agroalimentaires, reconnaissance du poids économique de ce secteur stratégique pour le développement équilibré des territoires. Il aura, au sein du gouvernement, à veiller à la bonne articulation de sa politique avec celles de ses homologues en charge des questions énergétiques, environnementales et d'aménagement du territoire ».

Philippe Mangin, président de Coop de France, « salue chaleureusement la nomination de Stéphane Le Foll comme ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire et lui adresse ses sincères souhaits de réussite. Ce périmètre ministériel élargi, réclamé par Coop de France et dont Philippe Mangin se félicite, devrait permettre de bâtir, filière par filière, une vraie stratégie de l'agroalimentaire au bénéfice des agriculteurs et des consommateurs ».

« Je salue la nomination de Monsieur Le Foll, qui connaît bien les dossiers agricoles européens, à la fonction de ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire », écrit Philippe Pinta, président de l'AGPB (Association générale des producteurs de blé), dans un communiqué du 16 mai. « L'importance de nos grandes cultures et de leurs filières industrielles pour l'avenir de l'économie française, pour la vie des territoires, nous appelle – pouvoirs publics et organisations professionnelles – à bien nous comprendre et à trouver les meilleures synergies. »

« Nous sommes candidats à plus de croissance en produisant plus et mieux. Les orientations de politique agricole et environnementale pour ce faire sont à définir, sur la base d'une concertation sans a priori, où bon sens, confiance et pragmatisme devront prendre toute leur valeur ». « A plus court terme, nous souhaitons que le nouveau ministre [...] se penche rapidement sur la situation des nombreux producteurs de céréales sinistrés du fait du gel hivernal. Les mesures prises avant le 15 mai doivent être complétées », conclut le communiqué de l'AGPB.

La FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait) « félicite le nouveau ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Stéphane Le Foll, pour sa nomination ». Dans un communiqué du 16 mai, elle demande à le rencontrer pour évoquer, dans un « état d'esprit constructif », « tous les sujets d'importance pour l'élevage laitier ».

« A l'agenda du nouveau ministre, la négociation de la future Pac figure en bonne place. Dans la réforme proposée par le commissaire européen Dacian Ciolos, les producteurs de lait sont les principaux perdants en cas de convergence forte des aides (DPU : droit à paiement unique). La FNPL ne peut accepter que les producteurs de lait soient ainsi sacrifiés ». « Dans ce contexte, la FNPL défend une Pac “anticrise” pour répondre à la situation économique des exploitations agricoles soumis aux aléas de la volatilité des cours et du prix du lait. »

« La FNPL souhaite la mise en place, dans le cadre de l'OCM unique (organisation commune de marché), d'un système d'aides, au niveau européen, pour les éleveurs qui jouent le jeu d'une limitation de production en période de crise. L'objectif est double : limiter les quantités à stocker et assainir les marchés. »

Dans un communiqué du 18 mai, le président de la Fédération nationale Entrepreneurs des territoires, Gérard Napias, « salue l'arrivée du nouveau ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Stéphane Le Foll, un homme de réflexion et de propositions, dont la formation, les origines et le département d'adoption sont nourris de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de l'agroéquipement. C'est un bon connaisseur de l'agriculture française, représentant l'ouest de la France au Parlement européen ».

La Fédération des entrepreneurs « estime que la reconnaissance de tous les acteurs de la production agricole, quelle que soit leur contribution, quelle que soit leur place dans les filières ou leur statut, est un acte essentiel pour la croissance économique et le maintien des emplois. Cela est particulièrement vrai des prestataires de services agricoles, forestiers et ruraux qui assurent de plus en plus de travaux pour le compte de la production agricole et de l'agroalimentaire sans être reconnus ».

« L'heure est donc à encourager l'innovation, y compris immatérielle, l'expérimentation et l'ouverture. La force des prestataires de services agricoles, forestiers et ruraux est de trouver des solutions pour leurs clients, de s'adapter à la situation et de continuer à faire face en période difficile. Il faut savoir faire appel à cette profession volontaire et compétente pour relever les défis auxquels notre agriculture et nos territoires sont confrontés », conclut le communiqué.

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A.Ca. et A.De.