Après avoir visité la ferme de Philippe Poirier, un éleveur qui valorise des prairies naturelles dans la ration de ses chèvres, Nicolas Hulot a rencontré les représentants agricoles, à huis clos, pendant 30 minutes. Son déplacement aurait dû s’arrêter là.

Mais dehors, une vingtaine d’agriculteurs, membres de la FDSEA et des JA, bloquaient le passage avec des tracteurs. Finalement, le ministre de la Transition écologique est descendu dans la rue pour discuter, en face-à-face, avec les paysans.

Après quelques mots sur le Ceta (traité de libre-échange transatlantique), il a été interpellé sur le glyphosate. « J’entends bien vos difficultés, mais je ne peux pas faire abstraction ou laisser tomber un sujet sur lequel les preuves s’accumulent sur sa dangerosité », a indiqué Nicolas Hulot. « Vous avez besoin de recréer du lien avec les consommateurs. Ce n’est pas en mettant l’affaire sous le tapis que l’on s’en sortira. »

Les deux parties ont campé sur leurs positions

Interpellé par Frédéric Thomas, expert reconnu en agriculture de conservation et agriculteur dans le Loir-et-Cher, sur les méfaits du labour sur la séquestration du carbone, le ministre a martelé que c’est la santé qui prime. Il a, à son tour, questionné les agriculteurs. « Vous avez confiance en Monsanto ? ». Avant d’ajouter : « Je ne pense pas qu’ils vous veulent du bien. »

Outre les controverses sur la dangerosité du produit, c’est le délai d’autorisation qui fait débat. « Entre un arrêt brutal du jour au lendemain et un arrêt dans dix ans, je pense qu’il y a quelque chose de plus intelligent. La vérité est peut-être entre les deux ». Le ministre souhaite une autorisation pour trois ans et « on regardera ce qui se passe dans trois ans ».

Après trente minutes de discussion, l’ambiance était plutôt détendue et les tracteurs sont rentrés sans faire de vague. Même si sur le fond, les deux parties ont campé sur leurs positions.

Aude Richard