Ce rapport, réalisé dans un laps de temps très court (un mois, car commandé le 2 novembre), fait la synthèse des données existantes sur les usages du glyphosate, les alternatives possibles et les mesures d’accompagnement recommandées. Plusieurs filières sont analysées : les grandes cultures, la viticulture, l’arboriculture et l’agriculture en outremer. Le rapport fait aussi état des situations orphelines, pour lesquelles aucune alternative crédible n’est pour l’instant envisageable.

Le travail du sol comme principale alternative

Pour les grandes cultures, le rapport de l’Inra décline les alternatives au glyphosate en fonction des différents usages de cette molécule :

  • Lutte contre les adventices vivaces : implantation de prairies temporaires pluriannuelles (exemple : luzerne), travail du sol en période d’interculture, alternatives chimiques en culture (clopyralid ou metsulfuron-méthyl sur chardons, sulfosulfuron ou propoxycarbazone sur chiendent, etc.) ;
  • Destruction des prairies : labour ou travail du sol sans retournement (l’Inra précise que la majorité des destructions de prairies se fait déjà actuellement sans l’aide de la chimie) ;
  • Destruction des couverts d’interculture : le gel dans les régions suffisamment froides, les interventions mécaniques avec des outils du type rouleau « hacheur » (Rolo faca par exemple), labour ou travail du sol sans retournement ;
  • Nettoyage des parcelles avant semis : l’Inra pointe le travail du sol comme la principale alternative au glyphosate. Parmi les autres pistes : l’implantation de couverts végétaux à forte densité et les quelques herbicides autorisés, c’est-à-dire le dicamba avant maïs ou l’acide pélargonique, un défoliant de contact qui ne migre pas dans les racines.

Enfin, d’autres stratégies peuvent être utilisées dans le cadre d’une réduction globale de l’usage des herbicides : allongement des rotations, décalage des dates de semis, plantes « compagnes », etc.

Impasse en agriculture de conservation

Parmi ces alternatives, le travail du sol tient une place prépondérante. Or, « toutes les terres agricoles ne sont pas équitablement propices à permettre un travail du sol. Ce sera notamment le cas des sols difficiles, superficiels, facilement engorgés ou riches en cailloux », note l’Inra. De même que certains territoires à fort risque d’érosion, où les techniques de semis direct sous couvert sont privilégiées.

Des situations de difficultés ou d’impasses sont ainsi mentionnées : les systèmes en agriculture de conservation, les cultures à fortes contraintes techniques (production de semences, légumes de plein champ) ou encore les situations de niche comme le lin fibre.

Réorganisation du travail

L’Inra le concède : l’adaptation à un arrêt du glyphosate passera par des changements profonds. La multiplication des exploitations de grande taille, ayant peu recours à la main-d’œuvre, est l’exemple d’une situation où l’abandon du glyphosate pourra affecter l’organisation du travail.

Plusieurs mesures d’accompagnement sont recommandées : les aides à l’investissement, la mobilisation des MAEC Systèmes, la mobilisation des dynamiques collectives d’agriculture et le conseil et la formation, l’utilisation de la réglementation et notamment des CEPP et les organisations de filières, en favorisant par exemple la reconnaissance de produits issus de filières sans glyphosate.

A.M.