« Malgré les différentes lois de ces dernières années, l’artificialisation des terres agricoles repart à la hausse en 2016. On ne se trompait donc pas il y a deux ans, quand nous estimions que la crise avait certainement aidé à enrayer le phénomène : dès que l’économie repart un peu, une forte pression s’exerce à nouveau sur les terres agricoles », a observé Emmanuel Hyest, président de la FNSafer, à l’occasion de la présentation des chiffres des marchés fonciers ruraux, le 30 mai 2017, à Paris.

+22 % de transactions sur le marché de l’urbanisation

Le marché de l’urbanisation repart en effet à la hausse pour la deuxième année consécutive, avec un nombre de transactions qui bondit de 22 % en 2016, contre 3,8 % en 2015. Concrètement, la surface du marché de l’urbanisation passe de 25 000 ha en 2015 à 30 000 ha en 2016.

« Nous avons donc un redémarrage du marché de l’urbanisation en France et par conséquent une artificialisation grandissante des terres agricoles », a poursuivi Robert Lévesque, directeur de Terres d’Europe-Scafr, bureau d’études spécialiste des questions foncières.

20 % du potentiel agricole en 100 ans

Selon la FNSafer, la surface agricole d’un département disparaît tous les cinq, six ans. À ce rythme, d’ici à 2060, il y aurait de 2,2 à 2,6 millions d’hectares artificialisés, soit 8 à 9 % de la SAU française. En un siècle, on pourrait ainsi perdre un cinquième du potentiel agricole français. « Une notion plus importante encore que la surface agricole, puisque les meilleures terres sont préférentiellement choisies par rapport aux mauvaises », a précisé Robert Lévesque.

La régulation est plus que jamais indispensable, a rappelé Emmanuel Hyest. « Sur la partie relative aux documents d’urbanisme, les contraintes doivent être plus fortes pour continuer à protéger ce foncier agricole qui n’est pas un enjeu uniquement agricole mais de société. » Ces terres agricoles qui passent en urbanisme sont aussi en effet une capacité de rétention d’eau. « Quand on parle de développement durable, il faut commencer d’abord par préserver le foncier agricole. »

Rosanne Aries