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Les Ukrainiens partent récolter en Europe

Travailleurs saisonniers - Les Ukrainiens partent récolter en Europe
En 2018, sur le marché de gros de Stolichny, en Ukraine. © J. Chabanne

Poussés par la crise économique de leur pays, les travailleurs agricoles ukrainiens cherchent à partir travailler dans les champs d’Europe malgré le coronavirus.

Dans un terminal quasi vide de l’aéroport Boryspil de Kiev (Ukraine), Iouri attend de pouvoir s’enregistrer pour son vol du 18 mais 2020 vers Helsinki (Finlande). Comme lui, des centaines d’Ukrainiens partent travailler dans des exploitations agricoles d’Europe, malgré la fermeture des frontières due à la pandémie du coronavirus.

Bloqués sur place

Son vol est une rarissime exception depuis que Kiev a fermé ses frontières et suspendu les liaisons aériennes régulières en mars 2020 pour ralentir la progression de la pandémie, bloquant chez eux les ouvriers saisonniers qui devaient partir travailler en Europe.

Craignant de voir leurs fruits et légumes pourrir dans les champs, les agriculteurs de plusieurs pays, dont le Royaume-Uni et la Finlande, ont fini par affréter des vols charters pour les ouvriers.

> À lire aussi : 180 saisonniers agricoles roumains atterrissent à Londres (27/04/2020)

« Les salaires en Ukraine sont trop bas. Tu ne peux rien faire avec », explique Iouri, 35 ans, qui part pour la troisième fois en Finlande. Pendant cinq mois, il y récoltera des laitues et des brocolis pour gagner au total 7 500 euros. C’est environ quatre fois ce qu’il aurait gagné comme conducteur de chariot élévateur, son travail habituel.

Iouri fait partie des dizaines de milliers de travailleurs saisonniers ukrainiens qui travaillent dur chaque année dans des exploitations agricoles d’Europe occidentale, faute de pouvoir trouver des emplois bien rémunérés chez eux.

Déconfinement en cours

Ex-république soviétique d’environ 40 millions d’habitants, l’Ukraine est l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Les retombées économiques de la pandémie de coronavirus risquent d’aggraver davantage les difficultés financières de sa population. Le pays, qui a commencé la semaine dernière un allègement graduel du confinement, avait enregistré lundi 18.616 cas de coronavirus, dont 535 mortels.

Le départ des ouvriers ukrainiens intervient au moment où plusieurs capitales européennes se sont mises à leur tour à rouvrir prudemment les frontières et alléger leur confinement pour relancer une économie paralysée.

En France, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé le 7 mai 2020, la possibilité de retour des saisonniers agricoles étrangers en France. Mais l’instruction du Premier ministre en date du 12 mai 2020 ne fait pas mention des travailleurs agricoles. Elle se contente d’annoncer une prochaine instruction sur ce point particulier.

> À lire aussi : Les saisonniers agricoles étrangers peuvent revenir (07/05/2020)

La Finlande a autorisé ces vols, même si ses frontières restent partiellement fermées, car les autorités « se sont rendu compte que nous aurons besoin de certains ouvriers étrangers », a indiqué l’ambassadrice finlandaise en Ukraine, Paivi Laine. Environ 1 500 travailleurs saisonniers ont reçu une autorisation d’entrée, dont deux tiers d’Ukrainiens, considérés comme des travailleurs « fiables » par les agriculteurs finlandais, a-t-elle précisé.

Suffisamment de travail

Kiev était d’abord réticent à laisser partir ses travailleurs, estimant que les voyages posaient un risque pour leur santé. Les autorités pensaient aussi qu’il y avait suffisamment de travail dans le pays, même pour les quelque deux millions d’Ukrainiens rentrés au pays, selon le gouvernement, depuis le début de la pandémie.

Aller gagner de l’argent et rentrer heureux.Mykola, travailleur saisonnier ukrainien

« Cela semble illogique d’affréter des charters pour le départ massif d’Ukrainiens » vers l’Europe alors que le pays s’efforce d’organiser le rapatriement de ses citoyens bloqués à l’étranger, a estimé en avril le chef de la diplomatie, Dmytro Kouleba.

En avril, un vol transportant des ouvriers saisonniers vers Londres a même été retardé de neuf heures, les autorités aériennes ayant refusé d’autoriser le décollage. Mais une avalanche de commentaires furieux sur les réseaux sociaux accusant le gouvernement de réduire ses citoyens à « l’esclavage » a contribué à changer la politique de Kiev.

Vers l’Autriche aussi

Le vice-Premier ministre Vadym Prystaïko a indiqué en mai que des dizaines d’entreprises autrichiennes attendaient l’arrivée de plus de 800 travailleurs ukrainiens. Il a admis que les salaires étaient meilleurs à l’étranger, ajoutant que Kiev négociait l’envoi de milliers d’Ukrainiens en Finlande.

Attendant lui aussi le vol pour Helsinki, Mykola, 32 ans, a salué ce changement de ton. Maintenant que la politique et la bureaucratie ont cédé, « il est temps d’aller travailler, de gagner de l’argent, puis de rentrer heureux », a-t-il déclaré.

Avec l’AFP

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