Le défi est de taille pour ces futurs retraités. Au Répertoire départ installation (RDI), on se rend bien compte de la difficulté à trouver des repreneurs. Communiquer autrement et davantage est désormais le but à poursuivre.

Car d’ici à cinq ans, 45 % des agricultrices et des agriculteurs vont cesser leur activité, analyse le réseau Civam en 2019. Et la famille agricole ne semble plus suffire à renouveler les anciennes générations. Résultat des comptes : les acteurs du monde agricole entament une mutation de leurs moyens de communication pour attirer les nouveaux porteurs de projet.

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Innover pour attirer les jeunes porteurs de projet

En plus de la voie classique et historique que représente le RDI, ce sont les réseaux sociaux et plus encore la vidéo, que les agriculteurs tentent aujourd’hui d’apprivoiser pour s’adapter aux nouvelles générations. « Ce n’est vraiment pas simple, on n’y connaît rien, mais on n’a plus le choix si on veut que les jeunes prennent la relève », concède Michel, producteur de lait dans le Morbihan.

Cet agriculteur à la tête d’un troupeau de 40 vaches laitières depuis 1994 prendra sa retraite à la fin de 2023. Mais il n’a pas de repreneur dans sa famille. Alors il prépare sa transmission « depuis quelques années » et s’est inscrit au réseau départemental agricole Rés’Agri 56 (Pontivy) avant même d’entamer ses démarches auprès du RDI.

Et en juin 2020, Rés’Agri 56 crée « Je transmets ma ferme ». Un groupe présent sur Facebook qui compte aujourd’hui dix agriculteurs et agricultrices entre 57 et 60 ans. « L’idée était de compléter ce qui existait déjà avec les Civam, les chambres d’agriculture ou la sécurité sociale agricole (MSA) », explique son créateur Christophe Tachez.

« Plutôt qu’une formation ou une visite d’une journée, on voulait une vraie continuité avec l’agriculteur qui va transmettre sa ferme, l’accompagner jusqu’à ce qu’il trouve un porteur de projet. Et en plus des activités et des rencontres qu’on organise pour établir un dialogue entre cédants et repreneurs, m’est venu l’idée des vidéos. »

Le groupe Facebook « Je transmets ma ferme » se spécialise dans la réalisation de vidéos pour aider les cédants à trouver des repreneurs à leurs exploitations. [Capture écran] © Compte Facebook « Je transmets ma ferme »

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« La vidéo est bien plus attractive pour les jeunes repreneurs »

Au total, sept vidéos ont été réalisées avec le groupe « Je transmets ma ferme ». Le but d’une vidéo, selon Christophe Tachez, est d’aider les cédants à valoriser leur métier de manière claire et concise, de montrer à travers des images la beauté des paysages de campagne, la vie de la commune, et ainsi, d’aller au-delà des a priori sur le monde rural.

« On se rend compte que la vidéo oblige les éleveurs à bien réfléchir à ce qu’ils veulent dire pour vendre leur ferme. C’est aussi bien plus attractif pour attirer les jeunes, ajoute-t-il. Chaque cédant écrit son propre scénario et ensuite je filme. Un professionnel est même venu sur les exploitations avec son drone ! »

Michel, producteur de lait à Guern, a réalisé une vidéo pour trouver un porteur de projet. [Extrait de la vidéo] © Groupe Facebook « Je transmets ma ferme ! »

« C’était une première pour moi, raconte Michel. J’avais tout écrit et préparé dans ma tête, mais ça ne sortait pas devant la caméra. On a dû faire plusieurs prises. Au final, je suis content de ma vidéo, les gens m’ont félicité. » Depuis la diffusion du portrait sur Facebook, le téléphone de l’agriculteur breton a sonné à plusieurs reprises. Et ce sera un jeune de 19 ans encore étudiant, qui reprendra sa ferme familiale de quarante-deux hectares d’ici à deux ans.

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Réaliser une vidéo, « c’est du temps bien placé »

Olivier n’a pas encore eu la chance de Michel. À bientôt 56 ans et quarante ans aux côtés de ses vaches laitières en Dordogne, cet agriculteur n’a pas trouvé de repreneur. D’autant qu’il cherche une aide au quotidien avant de transmettre sa ferme pour pouvoir enfin profiter de sa famille. À bout, concède-t-il, épuisé par le travail, il jure avoir horreur des réseaux sociaux.

Mais en discutant avec son voisin, « une opportunité s’est présentée à lui » : réaliser une courte vidéo avec un drone pour présenter son exploitation et diffuser son annonce. Le tout, publié sur Facebook. « Je n’y aurais jamais pensé sans mon voisin, admet-il. J’aurais plutôt posté une annonce sur le Boncoin. Mais le temps presse, je n’y arrive plus tout seul, donc c’est une bonne chose ce qui m’arrive. On verra bien si ça fonctionne ! » Il doit encore finir d’écrire son texte de présentation, et ce, avant la fin d’année, le presse sa fille Cécile.

Olivier, éleveur laitier en Dordogne, a réalisé une vidéo avec l’aide de son voisin professionnel pour trouver un repreneur à son exploitation de 47 hectares. © O. Madelaine

De son côté, Alain n’a même pas eu le temps de diffuser sa vidéo sur Facebook qu’il avait déjà trouver deux porteurs de projets. « J’ai commencé à chercher en février 2021. Je me suis inscrit au RDI et j’ai préparé une vidéo de présentation. Mais dès octobre, j’ai trouvé Bryan et Manon pour me succéder grâce à des groupes spécialisés dans la transmission sur les réseaux sociaux », se réjouit-il.

Vice-président du réseau Civam normand, Alain est éleveur de vaches bio laitières dans la Manche. Et il confirme : « Peu d’agriculteurs de mon réseau sont présents sur les réseaux sociaux pour chercher des porteurs de projet. Ça prend du temps et on n’en a pas forcément, mais c’est pourtant du temps bien placé. »

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Les chambres d’agriculture s’initient à la vidéo

Les organisations qui épaulent les cédants dans leur transmission tentent elles aussi de s’adapter aux nouvelles générations. Le réseau Civam normand par exemple, réalise des vidéos de guides de bonnes pratiques postées sur les réseaux sociaux. « Mais on n’a pas le temps d’aller dans chacune des exploitations de nos adhérents pour filmer leur annonce et ensuite monter les séquences et assurer le suivi sur les réseaux, explique Caroline Lefebvre, chargée des questions de transmission du réseau. Mais on réfléchit à la question pour évoluer. Pourquoi pas au moins des photos des cédants et de leurs fermes pour diffuser leurs annonces. »

Les chambres d’agriculture du Cantal et de la Touraine ont, quant à elles, déjà entamé les démarches. En plus de diffuser des vidéos sur la transmission pour sensibiliser les futurs cédants, elles commencent à tourner chez les exploitants. « On n’en est qu’aux prémices, assure Gérard Vigier du RDI Cantal. On a commencé à tourner une vidéo à Ladignac à la fin de septembre 2021 chez un agriculteur, avec des prises de la commune et une intervention du maire. » Car pour lui, la vidéo va encore plus loin que la simple annonce d’un cédant.

« En plus d’être attractive, la vidéo est un support pour véhiculer toute une démarche à visée humaine. Elle permet de créer du lien, elle va donner envie aux porteurs de projet qui verront le visage de l’agriculteur, mais également la vie qui l’entoure, sa commune, son maire, ses commerces », assure-t-il, prêt pour poursuivre cette nouvelle aventure.

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Oriane Dieulot