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Ils protègent Paris contre les inondations… mais sans compensation

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Témoignage
 - Ils protègent Paris contre les inondations… mais sans compensation
« Cette parcelle a été semée en maïs, puis inondée par l’Aube et ressemée en juillet », précise Bruno Lancelot (à droite), agriculteur à Vouarces, aux côtés de Mathias Benoist, agriculteur et délégué par la FDSEA de la Marne en contact avec les gestionnaires des lacs réservoirs. © C. Urvoy

Pour protéger Paris, des agriculteurs subissent des inondations récurrentes au printemps sans compensation financière. Installé à Vouarces dans la Marne, Bruno Lancelot témoigne.

En juin, 1 617 ha de cultures situés dans la vallée de l’Aube et de la Seine ont été inondés, soit une perte de chiffre d’affaires de 1,3 M€. À Vouarces, Bruno Lancelot est à nouveau concerné après avoir connu des crues en mai et à l’automne 2013, puis au printemps 2015. 40 de ses 225 hectares sont dans la vallée de l’Aube.

« Dix hectares sont en prairie naturelle et 30 ha en maïs ensilage pour nourrir les 110 vaches laitières, explique-t-il. Cette année, contrairement à 2013, les maïs étaient déjà semés, fertilisés, levés et désherbés. J’ai dû ressemer 20 ha après le 10 juillet. »

30 à 40 % de la récolte manquent

Les 10 ha restants n’ont donné que la moitié de leur potentiel. Au final, il manque 30 à 40 % d’une récolte normale. « Je vais acheter 400 t de pulpes surpressées en plus, soit un surcoût de 10 000 à 13 000 € auquel s’ajoute 6 000 € de ressemis. Sans assurance aléas climatiques, je n’ai pas d’indemnisation. » Et il a dû batailler pour activer ses DPU là où les semis ou ressemis ont été réalisés après le 1er juin !

Bruno Lancelot s’était pourtant adapté aux crues habituelles d’octobre à mars en implantant du maïs. « Là où ça ne va plus, c’est quand les inondations arrivent entre mai et juillet à cause de la gestion des lacs-réservoirs en amont ou des barrages en aval ! »

Épargner l’Île-de-France

Ces lacs-réservoirs, notamment de la Seine, permettent d’écrêter les crues en Île-de-France pour préserver la population et l’activité. Et maintenir un débit minimal des rivières l’été. « Mais leur marge de manœuvre est très faible, explique Mathias Benoist, agriculteur et délégué de la FDSEA en contact avec les gestionnaires des lacs. »

« S’il pleut beaucoup en mai, les lacs, qui doivent être pratiquement pleins à cette date, ne peuvent quasi plus faire tampon, décrit-il. Et la vallée est inondée. Cette année, ils ont fait le maximum pour relarguer l’eau en trop dans les lacs le plus tard possible, au début de juillet. Mais les barrages en aval n’ont pas été ouverts à temps, par manque de communication entre les deux structures, semble-t-il ! »

Mettre en place un fonds d’indemnisation

Face à cette situation, la profession demande d’une part que les règles de gestion des lacs soient assouplies pour absorber les pics de pluviométrie de mai juin. D’autre part, la mise en place d’un fonds d’indemnisation par les départements franciliens concernés, dossier pris en main par la FRSEA Grand Est. « Nous espérons aboutir en 2017 », souligne Mathias Benoist.

« C’est normal d’inonder les vallées en amont pour assurer la sécurité de Paris. Mais il faut une compensation. Si je ne peux plus valoriser mes terres de vallée, je vais arrêter l’élevage et licencier deux salariés », conclut Bruno Lancelot, exprimant le ras-le-bol de nombreux collègues.

Chantal Urvoy

L’entretien des rivières

« Les cours d’eau sont de moins en moins entretenus en raison de la réglementation. Cela gêne l’écoulement et amplifie les inondations, selon Mathias Benoist. Il faudrait adapter la réglementation pour tout le bassin-versant. »

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