Si les masques peuvent encore manquer aujourd’hui, ce n’est pas le cas des communications et propositions des syndicats agricoles. Les annonces d’Emmanuel Macron de mars dernier en faveur d’une France autonome sur le plan alimentaire ont ouvert une brèche dans laquelle de nombreuses organisations se sont engouffrées.

« N’exporter que le surplus »

Parmi les dernières interventions en date, celle de la Coordination rurale qui a présenté aujourd’hui une lettre qu’elle a adressée cette semaine au président de la République. Le syndicat lui apporte « tout son soutien ». Il a vu dans les dernières déclarations du chef de l’État un écho à sa proposition d’une « exception agriculturelle ».

Le concept défendu par le syndicat depuis son origine consiste à « retirer les biens alimentaires des règles de l’OMC et des accords de libre-échange » et de « déconnecter les cours de l’Union européenne des cours mondiaux basés sur le moins-disant ».

« Nous comptons sur vous pour remettre en cause les accords de libre-échange sur les biens alimentaires, car vous ne pouvez en même temps prôner la souveraineté et la sécurité alimentaire et cautionner les accords de libre-échange mortifères pour notre agriculture. Le récent accord avec le Mexique est choquant et incompréhensible ! », a écrit le syndicat dans sa lettre. « Pour nous, le bon sens serait de consommer ce que nous produisons et n’exporter que les surplus et nos produits d’excellence tels que les vins, alcools ou fromages ».

La FNSEA, cet altermondialiste

La Confédération paysanne a donné de la voix aussi ce 14 mai aux côtés d’autres organisations (1). Elles dénoncent dans un communiqué « les manœuvres menées par les partisans de l’agriculture industrielle ». La FNSEA est la principale visée en employant un champ lexical qu’elles qualifiaient « d’altermondialiste fort » autour de l’idée d’une souveraineté alimentaire.

« Cette communication, dénuée de propositions structurantes, reste ambiguë. Pire, elle laisse à penser que la souveraineté alimentaire se joue uniquement au niveau français et européen, occasion de ressortir la vieille antienne de la vocation exportatrice de la France qui ne fait que contribuer à paupériser les paysans, en France et dans les pays en développement. »

La Confédération paysanne et ses associations militent pour une « transformation du système agricole et alimentaire pour créer des emplois dignement rémunérés, protéger l’environnement et la santé de tous ». Elles recommandent « une réorientation à 180° des aides agricoles vers l’agroécologie sans pesticide, et les productions diversifiées au niveau des territoires ».

Alexis Marcotte

(1) Greenpeace France, Le Réseau Action Climat, Les Amis de la Terre, Le CCFD-Terre Solidaire, Générations futures, La Fédération nationale d’agriculture biologique et le Réseau Civam.