L’objectif du gouvernement est de réduire de moitié les émissions agricoles de gaz à effet de serre d’ici à 2050. La feuille de route pour y parvenir est détaillée dans la stratégie nationale bas carbone. Celle-ci constitue l’une des deux jambes de la stratégie sur l’énergie et le climat (l’autre étant la programmation pluriannuelle de l’énergie), publiée jeudi 23 avril 2020 par le ministère de la Transition écologique et solidaire.

Mettre les bouchées doubles

Le secteur agricole est censé diviser par deux ses émissions entre 1990 et 2050. Compte tenu de la faible évolution enregistrée depuis 1990, une longue route reste à parcourir, les émissions devront diminuer de 46 % entre 2015 et 2050.

Cela suppose une nette accélération des efforts, puisqu’il faudra atteindre 2 % d’émissions en moins chaque année entre 2015 et 2050, « alors que le rythme était de –0,1 % par an entre 1990 et 2015 », indique le gouvernement. La diminution a même eu tendance à ralentir sur la dernière décennie (–0,1 Mt eqCO2 entre 2005 et 2015 contre –0,2 Mt les quinze premières années).

Émettre moins, stocker plus

Pour atteindre l’objectif, les émissions énergétiques (dues à la consommation d’électricité, de fuel, etc.) doivent être divisées par deux, par la maîtrise des consommations et le recours aux énergies renouvelables et à la bioéconomie.

Même défi pour les émissions non énergétiques (méthane, protoxyde d’azote…). Pour ces dernières, la stratégie repose sur l’agroécologie et l’agriculture de précision, par exemple en optimisant le cycle de l’azote et en développant l’autonomie en protéines végétales (pour le NO2), mais aussi en améliorant la gestion des effluents (pour le CH4). Parallèlement, le stockage de carbone par le secteur agricole est cité comme une voie à encourager, à travers l’agroforesterie, le maintien des prairies permanentes et une forte réduction de l’artificialisation des sols.

Réduire aussi les gaz à effet de serre « importés »

La feuille de route vers une société bas carbone ne se résume pas qu’en termes d’efforts, mais aussi d’opportunités pour le secteur agricole. Outre la nécessité, soulignée à plusieurs reprises, de préserver les sols notamment agricoles de l’artificialisation et du mitage, la stratégie invite à relocaliser — au moins partiellement — les productions.

Elle souligne la nécessité de lutter contre les « émissions importées », à travers la tarification du carbone et les accords commerciaux internationaux. L’enjeu est de taille puisqu’environ la moitié de l’empreinte carbone de l’alimentation des Français correspond à des importations.

Changer de régime

La transition du consommateur est aussi un élément clé de cette trajectoire vers le zéro carbone. Pour l’alimentation, il s’agirait de végétaliser les assiettes, réduire le gaspillage et promouvoir le local et le durable.

B. Lafeuille