S’il restait encore un doute sur l’intérêt des start-ups et de leurs investisseurs pour l’agriculture, il peut être levé. Aujourd’hui, le 1er juin 2017, se tenait à Paris la première journée consacrée aux start-ups qui travaillent dans l’AgTech, c’est-à-dire les technologies autour de l’agriculture et de l’alimentation.

L’association La Ferme Digitale, qui organisait cet événement, s’est rapidement trouvée dépassée par l’affluence record de cette première édition, avec autant de participants suivant les premières interventions depuis un écran situé à l’extérieur que dans la salle. En tout, 57 start-ups agricoles de 12 pays et plus de 25 fonds d’investissement à la recherche de la future pépite ont exposé leur offre et ont participé aux tables rondes et présentations.

Tous les voyants sont au vert

Pour Jean-Baptiste Cuisinier, président du fonds d’investissement Cap Agro, le succès du LFDay confirme celui de l’AgTech. « Nous bénéficions actuellement de la conjonction de trois facteurs favorables. Il y a tout d’abord l’évolution de la digitalisation avec de la puissance de calcul disponible pour traiter des masses de données à moindre coût. Ensuite, la biologie a aussi beaucoup progressé et nous avons une connaissance du vivant qui laisse entrevoir de nombreuses possibilités. Enfin, nous assistons à une vague sociale avec un consommateur inquiet sur l’environnement et ce qu’il mange. Il ne faut pas sous-estimer cette troisième vague, elle ne s’éteindra pas. C’est la conjonction de ces trois facteurs qui favorise cet essor incroyable de l’AgTech. »

Sur l’ensemble des start-ups françaises qui travaillent dans l’AgTech, La Ferme Digitale estime que 40 % sont dans le domaine agricole, 40 % dans l’alimentaire, 10 % dans les solutions pour la fixation du carbone et 10 % dans l’environnement.

« Il n’y a pas que l’investissement dans la technologie »

Fabricants de robots, de drones et autres objets connectés se sont retrouvés pour discuter de l’évolution du quotidien des agriculteurs grâce ces technologies de l’AgTech. Rémi Dumery, l’agriculteur connecté le plus célèbre de France, n’a pas manqué de leur rappeler qu’il n’y a pas que l’investissement dans la technologie qui compte, et que c’est l’usage qui prévaut, notamment en s’appuyant sur la connaissance que l’agriculteur possède de son environnement.

Un constat partagé par Gaëtan Severac de Naïo Technologies, qui a pris l’assistance à contre-pied en affirmant que « le robot est une machine extrêmement bête qui évolue dans un environnement contrôlé. Il ne suffit pas de le parachuter au milieu d’une parcelle et d’en attendre des merveilles. Quand la greffe prend sur une exploitation, c’est que l’agriculteur a été parfaitement formé à son utilisation ».

Ne pas négliger la communication et la formation

Rémi Dumery, qui espère une meilleure formation des agriculteurs à l’utilisation de ces technologies souvent très compliquées à mettre en place, souhaite aussi que la société civile soit mieux informée sur l’AgTech. « Il faut faire comprendre aux consommateurs que ces outils sont merveilleux. C’est ce que nous avons raté avec la deuxième révolution verte et c’est comme ça qu’OGM, irrigation, phytos et nitrates sont devenus des gros mots. Il ne faudra pas rater le coche avec l’AgTech. »

L’agriculteur profite aussi de l’occasion pour rappeler que la priorité pour la profession, c’est de limiter le temps passé à saisir toutes les données pour l’administration. « L’objectif ultime pour un agriculteur, c’est de remplir toute sa traçabilité sans rien taper. Là, on aura fait un grand pas en avant et on pourra se concentrer sur l’étape suivant qui sera la collecte et l’exploitation des données par ceux qui les fournissent, c’est-à-dire les agriculteurs. » Encore du travail en perspective pour les start-ups !

Corinne Le Gall