« Nous souhaitons que cela soit un engagement dans la durée qui s’accompagne de décisions qui permettront de l’obtenir. » Christiane Lambert est revenue lors d’un point de presse mis en ligne le 24 avril 2020 sur la volonté du chef de l’État de « reprendre le contrôle » sur notre alimentation. La présidente de la FNSEA y a livré sa vision de la souveraineté alimentaire.

Il s’agit pour elle de la « capacité de nourrir sa population même en période de crise ». « Nous sommes aujourd’hui dépendants de l’Espagne à 55 % pour les fraises et davantage pour les tomates. Est-ce que ça veut dire qu’on va investir pour produire en France des fraises et des tomates et de pouvoir le faire à des prix compétitifs pour être présents l’année prochaine sur le marché ? » s’interroge-t-elle.

« Souveraineté solidaire » vers l’extérieur

« La souveraineté alimentaire, c’est aussi avoir à la fois la production, la transformation qui permet de conditionner les produits pour les rendre stockables comme le lait en poudre, comme les légumes en conserve ou surgelés, comme tous ces produits transformés dont on peut financer un stockage et les ressortir lorsqu’il y a crise. Certains pays du monde voient très bien qu’ils vont manquer de produits. »

Christiane Lambert évoque dans sa vidéo une « souveraineté solidaire » vis-à-vis des autres pays qui n’ont pas les mêmes atouts que la France d’un point de vue agricole. Être souverain ne signifie pas arrêter les exportations, selon elle. « Nous allons faire des propositions pour retrouver une agriculture productive, résiliente, respectueuse de l’environnement mais qui soit aussi en capacité de résister vis-à-vis d’implantations extérieures, a par ailleurs annoncé la présidente de la FNSEA. Il y a des points de faiblesse que nous avons identifiés, le président [de la République] le sait, je le lui ai dit. »

7 000 contrats de travail proposés

L’éleveuse du Maine-et-Loire est également revenue au cours de sa vidéo sur la plateforme Desbraspourtonassiette chargée de compenser la fermeture des frontières et l’absence des saisonniers étrangers dans les champs français. 261 000 des 300 000 personnes inscrites pour proposer leurs bras seraient prêts à travailler, selon elle.

Du côté des employeurs, 12 600 personnes se seraient manifestées en parallèle et 7 000 contrats de travail auraient été proposés. « C’est très important de voir que l’agriculture intéresse mais les profils sont très différents. Certains se retrouvent parfaitement dans les tâches qui leur sont confiées, d’autres moins, a tempéré Christiane Lambert. C’est vrai que certains d’entre eux avaient minimisé la pénibilité, et les actes répétitifs. »

« Il y a parfois des déceptions avec des personnes qui partent après quelques jours », ajoute Christiane Lambert. Une grande partie des inscrits découvriraient les tâches de l’agriculture. « Les employeurs montrent beaucoup de pédagogie, de qualité d’explication, de patience pour accompagner ces nouveaux venus », souligne-t-elle.

Le gouvernement doit « clarifier sa position »

Concernant le sort de cette opération après la date du 11 mai sonnant le début du déconfinement envisagée par le gouvernement, Christiane Lambert a précisé qu’elle continuera. « Pour les bars et les restaurants, la date [du déconfinement mis en place pour contrer l’épidémie de coronavirus] n’est pas connue et pourrait être plus tardive. Et donc un certain nombre de personnes de ces domaines d’activité qui seront inscrites seront disponibles pour les travaux sur juin et le début de juillet. »

La présidente de la FNSEA n’a pas pour autant indiqué quelle part d’inscrits ils pouvaient représenter actuellement. « Dans certains secteurs et pour certaines tâches, il y a des habitudes de travailler avec des salariés étrangers », a-t-elle souligné. Tout en citant l’exemple allemand qui a ouvert ses frontières aux saisonniers, Christiane Lambert demande au gouvernement de « clarifier sa position » sur ce sujet où l’exécutif n’a pour l’instant pris aucune décision.

Alexis Marcotte