A la question de savoir quelle politique mettre en œuvre pour assurer la souveraineté alimentaire de la France, François Bayrou, haut-commissaire au plan, a proposé de « bâtir un pacte de reconquête de la production agricole », qu’il a également appelé « plan Marshall de la reconquête ». Selon lui, il est nécessaire d’analyser chaque secteur de la production agricole et de comprendre pourquoi l’agriculture française a été exclue de certains d’entre eux.

Des pistes pour que la France retrouve son indépendance

Cette proposition de pacte est un levier parmi de nombreux qui ont été évoqués lors de deux tables rondes organisées pour le Grand rendez-vous de la souveraineté alimentaire, qui s’est tenu le 18 mai 2021. Cette rencontre est organisée par le Conseil de l’agriculture française (1). Protection du foncier agricole, installation de nouveaux agriculteurs, mise en place de mécanismes permettant d’être moins dépendant des épisodes climatiques extrêmes, valorisation des produits français, règlementation européenne stricte... sont autant de pistes qui ont été avancées par les différents intervenants de cette demi-journée, pour permettre à la France de retrouver une partie de son indépendance agricole.

Une agriculture de « production qualitative »

Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, qui a introduit ces deux tables rondes a rappelé que « notre agriculture fait partie de notre identité et de notre renommée » et a appelé à « regagner la souveraineté alimentaire avec le modèle agricole français », qui est un modèle de « production qualitative ».

L’importance des clauses « miroirs »

La France étant soumise à la politique européenne, sa souveraineté alimentaire dépend en partie des règles fixées à l’échelle communautaire qui ne doivent pas conduire à une concurrence déloyale entre pays membres et avec les pays tiers. « L’Europe doit nous protéger avec des règles uniformes pour les pays membres et des frontières qui évitent le dumping », a insisté Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, qui prévoit une enveloppe d’un milliard d’euros sur dix ans destinée à l’agriculture francilienne.

Pour Julien Denormandie, le respect des clauses dites « miroirs », qui permettent une réciprocité des normes entre les produits européens et ceux que le vieux continent importe, devra être une priorité de la présidence française de l’Union européenne, qui aura lieu du 1er janvier au 30 juin 2022. Si ces clauses existent dans les accords de libre-échange, certaines denrées qui ne respectent pas les clauses miroirs arrivent sur le sol européen, « faute de moyens », a expliqué Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Economie.

Différents intervenants aux échanges de ce 18 mai 2021 ont insisté sur le fait que la souveraineté alimentaire est un sujet qui concerne tout le monde, notamment Sébastien Abis, président du club Déméter et chercheur associé à l’IRIS (Institut des relations internationales et de la stratégie). « Le souverain aujourd’hui, c’est le consommateur qui doit se rappeler que sans le monde agricole et agroalimentaire, le consommateur est dépourvu de sécurité alimentaire au quotidien. »

Bertille Quantinet

(1) Les membres du Conseil de l’agriculture française sont :

- Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA),

- Jeunes Agriculteurs (JA),

- Confédération nationale de la mutualité, de la coopération et du crédit agricoles (CNMCCA),

- Coop de France,

- Fédération nationale du Crédit agricole (FNCA),

- Groupama Assurances mutuelles,

- Mutualité sociale agricole (MSA),

- Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA).