« Ma fille, Christine, est infirmière au service de réanimation du CHU de Brabois, à Vandœuvre-lès-Nancy, explique Francis Claudepierre. Elle est mobilisée douze heures par jour sans interruption, parce qu’une partie de son équipe est malade. Ils vivent une situation de guerre. Les malades arrivent de Mulhouse, de Strasbourg… Ma fille, comme ses collègues, a chaque jour rendez-vous avec la catastrophe. Nous devons à tout prix les soutenir. »

L’éleveur laitier de Mignéville, dans la Meurthe-et-Moselle, l’un des départements les plus touchés par le coronavirus Covid-19, a lui-même ressenti les symptômes de la maladie la semaine dernière. « Ça va. À la maison, on a certainement été malade la semaine dernière, on avait de la toux et mal aux poumons. Puis c’est passé, comme pour la plupart des gens. Mais maintenant, on commence à être cernés par des cas plus graves autour de nous, dans le département, des personnes qui partent à l’hôpital. Et pour eux, c’est pas terrible. »

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« Que peut-on faire, à part donner nos produits locaux ? »

Pour aider les soignants, l’agriculteur de 54 ans, a pris son bâton de pèlerin et est allé frapper à la porte de tous ses voisins agriculteurs. « Qu’est-ce que l’on peut faire quand on est agriculteur à part donner ce que l’on fait de mieux, à savoir nos produits locaux ? » Le lundi 23 mars 2020, Francis Claudepierre a collecté des fromages, des rillettes, des terrines, du pain, « Tous ont donné quelque chose, sans réfléchir. »

Une partie de l’équipe du personnel du service de réanimation du CHU de Brabois. © DR

L’après-midi, sa fille, Christine, a apporté les mets récoltés à ses collègues du service de réanimation. « Ils nous ont appelés pour nous dire “merci”, raconte Francis Claudepierre. Ils étaient très émus. Je crois que ça leur a apporté un peu de réconfort. Nous voulons continuer. » Le producteur de fromages s’est engagé avec ses collègues, à renouveler son geste chaque semaine, « jusqu’à la fin de la crise. Si cela peut leur éviter de faire les courses, c’est toujours du temps de repos de gagné. »

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L’éleveur ne souhaite pas s’arrêter là. Président du réseau Trame, le réseau associatif de développement agricole et rural, il veut créer « un effet boule de neige » dans toute la France. « Ce serait utile pour aider les soignants à faire front ». L’appel est lancé.

Les réseaux Trame et Bienvenue à la ferme (chambres d’agriculture) ont créé à cette occasion l’étiquette « Merci à nos soignants », destinée aux produits fermiers offerts aux personnels des services les plus exposés.

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Rosanne Aries