« Est-ce que vous pensez que cette crise va changer le regard des Français sur leurs agriculteurs ? Je fais le pari que oui », a répondu Christiane Lambert sur l’antenne de France 2 ce 23 avril 2020. Elle était l’invitée de Samuel Étienne à 7h50. La présidente de la FNSEA est revenue sur les remerciements de la veille d’Emmanuel Macron, adressés à la « ferme France ». Le chef de l’État avait précisé que les citoyens seront réconciliés avec les métiers de l’alimentation.

« Les consommateurs se sont intéressés à leur alimentation »

« Les Français se sont rendu compte que l’alimentation, c’est fragile. Les produits n’arrivent pas comme ça par magie dans les rayons des supermarchés ou sur les étals. Derrière, il y a une industrie qui les transforme, les conditionne, a souligné l’éleveuse du Maine-et-Loire. Ce qui a changé aussi c’est que les consommateurs se sont plus intéressés à leur alimentation. Ils sont allés en direct chez des producteurs. Ils sont allés à leur rencontre, ont vu ces métiers où on se lève à 4 heures du matin pour cueillir les légumes pour qu’ils soient frais pour le marché de 8h30. Nous faisons le pari, et nous allons l’entretenir que ça va créer des liens nouveaux avec les consommateurs. C’est une forme de réconciliation. »

Le coronavirus n’a pas grippé le débat syndical

La syndicaliste a également profité de son passage télévisuel pour balancer un pique à ceux qui critiquaient le modèle agricole français. « Tous ceux qui disaient que l’agriculture produisait trop, ou faisait trop ci ou trop ça, tout d’un coup, se sont dits qu’il y a des pays qui n’ont pas cette chance d’avoir comme nous cette agriculture organisée qui produit en quantité et en qualité. On a toujours trouvé du bio, du label rouge, des produits classiques, même si les produits sous signe de qualité ont été moins achetés que les produits classiques. »

Le Modef fait partie des critiques. Dans un communiqué du 23 avril 2020, le syndicat de défense des exploitants familiaux a tenu à rappeler « la mémoire courte » de l’organisation présidée par Christiane Lambert. « Après avoir porté pendant un demi-siècle la politique agricole française, la FNSEA est frappée d’amnésie sur sa lourde responsabilité de la situation actuelle de dépendance alimentaire et de disparition massive des agriculteurs. »

« Opportunisme de circonstances », selon le Modef

Malgré l’épidémie du Covid-19, le débat syndical reste vigoureux. « Rappelons-nous les arguments fondamentaux du syndicat majoritaire : productivité, restructuration, performances, concurrence, économie de marché, libre-concurrence… L’économie ultralibérale et la mondialisation étaient la feuille de route », estime le Modef.

Dans un communiqué du 14 avril, la FNSEA promettait « des décisions de rupture tant à Paris qu’à Bruxelles » et disait vouloir tendre la main au président de la République « pour proposer d’écrire cette nouvelle page de notre indépendance agricole ». « Le langage tenu aujourd’hui par la FNSEA face à cette crise sanitaire internationale tranche radicalement avec le passé, un revirement de position qui interroge sur l’opportunisme de circonstance de ce syndicat qui a la mémoire courte sur sa lourde responsabilité et les conséquences graves pour la France, de ses choix de politique agricole », juge le Modef.

Alexis Marcotte