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Macron ferme mais ouvert aux débats

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Sia 2018
 - Macron ferme mais ouvert aux débats
Emmanuel Macron au Salon international de l’agriculture ce 24 février 2018. © H. Chaligne/GFA

Lucide, il avait déclaré qu’il n’était pas là pour plaire. Emmanuel Macron déambule dans les allées du Salon de l’agriculture sans tourner le dos à ceux qui le chahutent, et saisit de front les critiques à l’égard de son gouvernement.

La 55e édition du Salon international de l’agriculture s’ouvre ce samedi 24 février 2018, avec comme premier visiteur le président de la République en personne. Sa journée a débuté à 7 heures par un petit-déjeuner à huis clos avec les principaux organismes institutionnels de l’agriculture tels que Coop de France ou l’Inra, et les syndicats : la FNSEA, Jeunes Agriculteurs, la Coordination rurale, la Confédération paysanne et le Modef.

Discuter sans s’opposer

Dans les travées, les éleveurs sont impatients, mais pas sur les dents. « Le soutien de l’État est primordial, lance une agricultrice, la tête contre le flanc de sa vache. Si j’arrivais à parler avec le président, je ne voudrais pas m’opposer à lui, juste discuter. » Un peu plus loin dans les allées, « il est le seul à pouvoir trouver des solutions à nos difficultés, estime un éleveur venu au salon avec une tarentaise. Si nous voulons pouvoir échanger, il faudra avoir la maturité de s’écouter. »

L’an dernier, alors qu’il était candidat à la présidentielle, l’accueil n’avait pas été des plus cordial. En attendant l’arrivée d’Emmanuel Macron dans le hall 1, chacun se souvient de l’œuf qui lui avait volé en pleine tête. Et cette semaine encore, les agriculteurs sont descendus dans les rues manifester contre un accord commercial avec les pays du Mercosur qui sacrifierait l’agriculture. Sans oublier la semaine dernière, où les manifestants dénonçaient les décisions du gouvernement sur les zones défavorisées.

Emmanuel Macron a bien marqué des points lors des États-généraux de l’alimentation en laissant espérer un assainissement des relations commerciales et, par ricochet, l’assurance d’une redistribution plus équitable de la valeur ajoutée entre les maillons des filières. Jeudi dernier encore, il a tenté d’apaiser les craintes en déroulant son « discours à la nouvelle génération agricole » à l’Élysée, deux jours avant son premier bain de foule au Sia en tant que chef de l’État.

Baptême du feu

Son entretien matinal terminé, le président de la République a fait son apparition dans le hall 1, celui où sont regroupés bovins, ovins, caprins et porcins. Il file directement vers la stalle de Haute, l’aubrac égérie du salon cette année, mais à peine a-t-il mis un pied à l’intérieur qu’il s’est fait attraper par la FNSEA et JA sur la problématique du Mercosur.

« Je vous demande des efforts, je vous demande de transformer le modèle, et je sais ce que vous avez pris dans les dents ces dernières années, explique Emmanuel Macron. Mais jamais je ne vous demanderai pas des efforts en laissant d’autres qui sont soumis à d’autres règles rentrer sur le marché. » Et d’insister : « Jamais ! »

Premiers sifflets

Ses paroles rassurantes n’auront pas permis à Emmanuel Macron de faire l’économie de huées et des sifflets. Quand il lève les yeux, il peut lire sur des tee-shirts brandis à bout de bras : « Attention, agriculteurs en colère ». « Oh, c’est dommage, on n’a pas besoin de donner cette image des agriculteurs, grogne un retraité venu visiter le salon en famille. Ce n’est pas comme ça qu’il va nous écouter. »

Même déception dans les yeux de Léa, fille d’agriculteur venue aider son maître de stage à s’occuper de ses vaches en concours. « Franchement, je ne comprends pas bien toutes ces histoires de Pac, de prix, et de viande qui vient d’ailleurs », avoue-t-elle.

Échange musclé sur le glyphosate

Plus tard, c’est sur le glyphosate que le président devra s’expliquer, non sans perdre ses nerfs. « Aucun rapport ne dit que c’est innocent, rétorque-t-il à l’agriculteur qui l’a pris à partie. Il y en a qui disent que c’est très dangereux, d’autres disent que c’est moyennement dangereux. […] Dans le passé, on a dit que l’amiante, ce n’était pas dangereux. Les dirigeants qui l’ont laissé passer, ils ont eu à y répondre. Les ouvriers agricoles, les consommateurs qui demain diront “vous aviez le glyphosate, vous le saviez, vous n’avez rien fait”, ils me regarderont les yeux dans les yeux, ils n’iront pas vous chercher vous ! » L’agriculteur demandera au président de se calmer.

Selon un céréalier, qui ne cache pas être là pour bousculer le président, la moitié des exploitations céréalières sont en déficit. « Les soutiens baissent, les charges montent, et les exigences environnementales sont plus strictes pour nous que pour nos concurrents européens, assure-t-il. On interdit tout chez nous, pour laisser rentrer des produits étrangers dont on ne connaît pas la traçabilité ? Mais on marche sur la tête ! »

Quand s’achèvera cette visite ? Le plus tard possible. Emmanuel Macron l’a dit, il est prêt à battre le record de présence de ses prédécesseurs. Ce, quelle que soit l’ambiance, déclarait-il lors de son discours à l’Élysée deux jours plus tôt.

Hélène Chaligne

Les vegans s’invitent

Le service d’ordre du président de la République a repoussé manu militari des manifestants anti-viande de l’association 269Life, qui brandissaient des pancartes pour la libération des animaux d’élevage. Les huées des agriculteurs ont repris de plus belle, cette fois à leur encontre.

« On est là pour sensibiliser le gouvernement aux difficultés de la profession, et eux, ils s’immiscent comme ça pour nous vomir dessus ? hurle une éleveuse, très en colère. Il en dit quoi, de ça, Macron ? »

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