Face à des problématiques récurrentes de pollution diffuse, de nombreux acteurs de la gestion de l’eau constatent que les outils actuels ont atteint leurs limites. Les actions de réduction des taux de nitrates et de phytos reposent aujourd’hui essentiellement sur les MAE. Comment continuer à mobiliser les agriculteurs et obtenir une amélioration durable de la qualité des eaux avec des outils aussi lourds sur le plan administratif, peu adaptés aux spécificités locales, remis en cause tous les cinq ans, peu incitatifs financièrement… et, depuis 2015, payés plusieurs années en retard ?

Expérimentation sur 45 mois

Pour trouver une solution innovante, quatorze partenaires, français et britanniques (1) se sont lancés dans le projet européen Interreg Channel Payments for Ecosystems services. Objectif : mettre en œuvre le concept de paiements pour services environnementaux (PSE) aux agriculteurs volontaires pour reconquérir la qualité de l’eau.

Le projet, soutenu par des fonds européens à hauteur de 2,8 millions d’euros (M€) sur un coût total de 4 M€, a démarré officiellement en novembre 2017 et doit durer 45 mois. En attendant les premiers livrables (en termes de résultats), un séminaire s’est tenu à Paris le 17 octobre 2018 en présence d’une soixantaine d’acteurs de la gestion de l’eau, afin de présenter le cadre et l’ambition du projet.

Efficience économique et cohérence juridique

Nul doute que nombre d’entre eux, confrontés au même problème, suivront avec attention le développement de ce projet qui se veut un véritable laboratoire d’expériences. Six sites, équitablement répartis de part et d’autre de la Manche, travailleront à mettre en pratique le concept de PSE. Leurs retours d’expériences croisés doivent permettre de démontrer que les PSE sont des outils économiquement efficients pour s’attaquer à la problématique de la qualité de l’eau.

Le projet devra aussi explorer les enjeux juridiques pour rendre les PSE cohérents avec les politiques environnementales et agricoles, et déterminer les mécanismes d’évaluation et de suivi à mettre en place pour garantir leur efficacité environnementale. La diffusion des résultats, sous forme de boîte à outils, devra permettre de déployer les PSE à grande échelle, dans une diversité de contextes. Elle est attendue pour 2020.

B. Lafeuille

(1) Agence de l’eau Seine Normandie, Eau de Paris, Syndicat d’eau du Roumois et du plateau de Neubourg, Inra, Université de Rennes, CNRS, Syndicat mixte du grand bassin de l’Oust, Sara Hernandez Consulting, Agence anglaise de l’environnement, Southern Water, Portsmouth Water, Westcountry Rivers Trust, South Downs National Park Authority, Université de Chichester.