C’est l’incompréhension pour les éleveurs touchés par la sécheresse de l’été 2020. Six dossiers prévus à l’ordre du jour du dernier Comité national de gestion des risques agricoles (CNGRA) tenu le 20 janvier 2021, ont été ajournés et reportés à la prochaine séance prévue le 18 février. Il faudra donc attendre encore un mois supplémentaire pour que les éleveurs puissent espérer toucher les premières indemnisations.

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Colère sur le terrain

Ce vendredi 29 janvier 2021, 100 tracteurs étaient annoncés à Dijon pour notamment rencontrer la DDT et le préfet de la Côte-d’Or. « Pour les éleveurs, ce report d’un mois supplémentaire est insoutenable, confie Antoine Carré, président des JA de Côte-d’Or. C’est maintenant que nous avons besoin d’être payés. »

Même détresse dans la Nièvre, où la FDSEA et JA attendaient de rencontrer la préfecture et leurs parlementaires le 28 janvier 2021. « Juste avant le comité du 20 janvier, nous avons appris que les nouvelles cartes présentées par le ministère ne collaient pas avec les taux de pertes validés en comité départemental d’expertise (CDE) », explique la FDSEA.

En effet, la procédure stipule qu’après une mission d’enquête sur le terrain et sur avis du CDE, le préfet soumette une demande de reconnaissance au titre des calamités agricoles au ministre de l’Agriculture. Après enquête et expertise, le CNGRA rend son avis et reconnaît l’état de calamité agricole pour le département.

Une expertise du ministère en décalage

« Le diagnostic national prend en considération toutes les zones fourragères, y compris celles en déprise. Les outils qu’utilise le ministère ne collent pas avec la réalité, explique à son tour la FDSEA du Lot. De plus, le ministère compare les rendements fourragers de l’année avec la moyenne olympique des cinq dernières années. Dans un département qui subit les épisodes de sécheresse depuis cinq ans, cette comparaison n’a pas lieu d’être. »

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Les CDE prennent en considération les pertes de fourrages et évaluent les stocks encore disponibles. « Dans certains départements, le taux de perte avoisine les 60 %, explique Joël Limouzin, représentant la FNSEA au CNGRA. Mais les outils nationaux eux, ne prennent pas en compte l’effet cumulatif des sécheresses et l’état des stocks. »

Une nécessaire refonte des outils de gestion des risques

« Ce fonds des calamités avec ces critères d’accès n’est plus tenable, confie Joël Limouzin. Ce qui était vrai il y a 20 ou 30 ans ne l’est plus aujourd’hui alors que tendent à se répéter les inondations, les sécheresses ou les épisodes de gel. Il faudra aussi une meilleure collaboration entre les dispositifs assurantiels et le CNGRA. »

Tel est l’un des objectifs de la réforme des outils de gestion des risques annoncée initialement par le ministre Didier Guillaume en juillet 2020 mais qui se fait encore attendre. Didier Guillaume avait ouvert ce chantier à la fin de l’année 2019. En septembre dernier, Julien Denormandie, son successeur, confirmait à La France Agricole que le travail se poursuivait.

Alessandra Gambarini