La recette n’a pas encore fait ses preuves en France, mais Emmanuel Macron a une conviction : la création de valeurs doit passer par des plans de filière. Aussi, dans le prolongement de États-généraux de l’alimentation, c’est la stratégie qu’il défend désormais au niveau européen.

« Pratiquer à plein la segmentation »

À l’occasion de l’ouverture du Salon international de l’agriculture, et devant près de 500 personnes dont la moitié de jeunes agriculteurs et lycéens issus de différents pays européens, le président de la République a prôné « une promesse de transformation des modèles agricoles », avec davantage de valeur. Elle doit passer, selon lui, par la structuration des filières » : « Le bon niveau, c’est le niveau européen, pour pratiquer à plein la segmentation. »

S’appuyant sur le cas du blé face à la concurrence russe et ukrainienne, le chef de l’État a souligné son risque de devenir une variable d’ajustement des marchés mondiaux, faute d’une véritable offre qualitative. « Le défi de notre agriculture c’est de se différencier, de s’appuyer sur des savoir-faire pluriséculaires, sur une image de qualité. » Le président de la République a aussi souligné sur ce volet l’opportunité africaine.

Un virage écologique « fort »

La transformation des modèles agricoles passera également, a-t-il poursuivi, par « un virage fort » en matière d’environnement. Et d’emblée de s’exprimer sur l’agribashing : « Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus sensible à la maltraitance animale qu’un éleveur. Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus anxieux face au changement climatique qu’un agriculteur. »

Pour lui, cette ambition environnementale devra être partagée par tous les États membres à parts égales, a-t-il insisté, afin d’éviter toute distorsion. Le chef de l’État s’est par ailleurs félicité d’une France moteur pour la réforme de l’agence européenne d’évaluation, l’Efsa, en vue « d’une évaluation vraiment indépendante ». L’ambition « verte » passera également par l’anticipation en matière de recherche. « Face aux attentes fortes des citoyens, il faut une recherche agricole européenne qui anticipe mieux ».

« Pas de recul » sur le glyphosate

En matière de glyphosate, Emmanuel Macron a réfuté tout recul. Des alternatives existent déjà pour 85 % des usages, a-t-il indiqué tout en rappelant son ambition : à la fin de 2020, des alternatives devront avoir mis en place par 85 % des agriculteurs. Et de commencer à travailler sur les impasses des 15 % restants qui sont l’agriculture de conservation des sols, le vignoble en pente, et certains légumes cultivés en plein champ.

« Nous devons nous donner le temps pour ces cas de trouver des alternatives. On ne laissera aucun agriculteur sans solution et on s’assurera que toutes les alternatives sont évaluées et crédibles », a indiqué le chef de l’État. L’Anses et l’Inra procèdent en ce moment à la mise en place d’une une évaluation comparative.

Derrière le glyphosate, les autorisations de marché de plus d’une cinquantaine de produits sont en train d’être revues, a précisé l’Élysée. À l’issue de l’évaluation comparative, les autorisations de mise sur le marché des produits pour lesquels une alternative aura été trouvée, seront donc stoppées. « Ce sera à chaque exploitant d’aller chercher les bons leviers ».

Une meilleure gestion des risques

Le chef de l’État entend par ailleurs inscrire dans la Pac des dispositifs de protection des agriculteurs face aux risques climatiques et des marchés. Cela ne signifie pas octroyer des aides à la production, mais avoir une véritable stratégie de gestion des risques qui passe d’abord par « une réserve de crise pluriannuelle au niveau européen », a-t-il indiqué. L’aide à l’hectare sera dans le même temps conservée. Le bon outil de gestion des risques se fera filière par filière, a précisé l’Élysée.

Moins d’intrants, et le respect des standards

La Pac doit aussi avoir pour objectif la souveraineté alimentaire européenne : 70 % du troupeau européen dépend aujourd’hui du soja OGM, importé majoritairement des États-Unis, a-t-il souligné. « On a une forte dépendance sur les intrants. » Pour reconquérir cette souveraineté alimentaire, le chef de l’État mise sur l’accélération du plan protéines : « Nous devons porter un plan protéine ambitieux à l’échelle du continent pour pouvoir être complètement indépendant et construire la cohérence de nos filières. » L’Europe devra aussi protéger les consommateurs, par la préservation des standards européens et français. « Celui qui entre sur le marché européen doit respecter nos standards. »

Une loi foncière à venir

Face aux jeunes agriculteurs présents, le président de la République a annoncé « une loi foncière à venir » pour leur faciliter l’accès au foncier, sans toutefois préciser de date. Il a aussi rappelé le défi français du zéro artificialisation nette. Cette ambition sera traduite « dans notre politique d’urbanisme ».

Concernant plus précisément l’installation, l’Élysée a indiqué s’orienter vers des expérimentations dans des territoires ciblés de dispositif de transmission installation. Ce chantier s’ouvrira dans les prochains mois. Pour accompagner les porteurs de projets, le président a par ailleurs annoncé un plan de la banque européenne d’investissement à hauteur d’un milliard d’euros (sous la forme de garantie de prêts).

À l’issue d’une heure de discours, Emmanuel Macron est parti « à la rencontre des filières » pour faire le point sur les suites des États-généraux de l’alimentation. Tout n’est pas terminé, mais il y a changement et une inversion des mentalités, a-t-il décrit en pointant « les bons résultats de la filière laitière ». Pour d’autres, comme les filières bovines et porcines, le changement devrait nécessiter d’entrer dans des restructurations profondes, a ajouté l’Élysée. La fin de la visite est prévue à 18 heures.

Rosanne Aries