« Personne ne parle d’agriculture. » Les deux éleveurs qui interpellent François Hollande en début de visite ce 25 février 2017 ont du mal à cacher leur abattement. Et même quand le chef de l’État tente de les rassurer par sa présence, ils lui rappellent sans retenue : “Oui, mais vous, c’est fini.” »

« Cette visite est un message d’encouragement, de soutien et de solidarité envers les agriculteurs. Je suis là comme président de la République, a expliqué François Hollande. Je n’ai qu’une ambition : montrer mon soutien aux agriculteurs. Je n’ai pas d’autre intérêt de souligner tout ce que l’agriculture apporte au pays. »

À son arrivée à 7h00, François Hollande, bardé d’une sécurité renforcée, a commencé sa visite en dévoilant une plaque en hommage à Xavier Beulin dans le hall 1. Puis il a repris son bâton de pèlerin, avec la volonté d’apporter des perspectives et de la considération aux agriculteurs… qui, de leur côté, ont surtout demandé « des prix responsables », voire rien. Comme un « au suivant ».

Manger de la viande

Parmi ses messages forts, retenons son soutien aux producteurs de viande. Lors d’un petit-déjeuner en huis clos sur le stand d’Interbev qui a duré plus d’une heure, le chef de l’État, le ministre de l’Agriculture, les représentants des syndicats, des chambres d’agriculture, de la Mutualité sociale agricole (MSA), de Coop de France… ont mangé de la charcuterie et un pavé de bœuf.

« Quand j’étais enfant, leur explique François Hollande, mes parents me disaient de manger de la viande », a rapporté Christiane Lambert, présidente par intérim de la FNSEA. Même réponse à Laurent Dumont, éleveur à Nedde, dans la Haute-Vienne. « Je lui ai demandé quel avenir pour la viande, et il m’a répondu de nous battre contre les gens qui s’opposent au fait de manger de la viande. Il m’a aussi dit : “Moi, j’en mange !”», alors qu’au loin les manifestants vegans scandent : « L’élevage esclavage » ou « Interbev assassin ».

François Hollande a aussi souhaité mettre en garde les agriculteurs contre la tentation du repli. « Nous devons continuer à produire et exporter », a-t-il avancé. Sans politique agricole commune, il n’y aura plus d’agriculture française, selon lui. Et d’ailleurs « le futur président de la République devra dès son arrivée négocier la Pac, il n’y aura pas de temps à perdre ». Concernant le retard de versement des aides, le chef de l’État a regretté et a reconnu « un dysfonctionnement » de l’Administration.

Baroud d’honneur

Au cours de sa visite qui a duré 8 heures, François Hollande est passé, pour la première fois depuis deux ans, sur le stand de la FNSEA pour signer le livre d’or en hommage à Xavier Beulin, entouré de Jérôme Despey, secrétaire général adjoint de la FNSEA et de Christiane Lambert. « Pour Xavier Beulin qui nous manque aujourd’hui et qui manquera longtemps à la France. À l’homme, au syndicaliste, au dirigeant, au chef d’entreprise. À l’ami de la France », a-t-il signé, avant de repartir pour un dernier baroud d’honneur sans heurt et sans annonce si ce n’est la prolongation du volet bancaire du pacte de consolidation boudé depuis le départ par les agriculteurs.

Rosanne Aries