Le jeudi 19 mars 2020 à 15h30, le cabinet de la ministre du Travail Muriel Pénicaud a tenu une réunion téléphonique avec les acteurs patronaux de l’emploi agricole (Anefa et FNSEA) et le directeur de Pôle Emploi. Les agriculteurs voulaient alerter le gouvernement sur le manque de main-d’œuvre qui pointe, du fait du confinement, alors que les premières récoltes commencent en maraîchage. Le ministère a écouté les demandes des agriculteurs et leur a donné rendez-vous vendredi soir ou lundi pour leur apporter des réponses.

La panique dans les exploitations

Jérôme Volle, agriculteur et président de la commission de l’emploi de la FNSEA, alerte sur le manque de main-d’œuvre qui s’annonce au début des récoltes en maraîchage. « L’agriculture est un secteur essentiel. Les salariés peuvent venir travailler. C’est bien ! Mais les récoltes qui commencent, l’asperge ou les fraises par exemple, risquent d’être perdues à cause du manque de main-d’œuvre », prévient-il.

Mickaël Jacquemin, agriculteur et président de l’Anefa, l’association paritaire pour l’emploi en agriculture, abonde dans ce sens : « Ça commence à être la panique dans certaines exploitations. » Ses craintes se portent également, entre autres, sur la cerise, dont la récolte doit débuter d’ici à un mois, et sur la tomate, dont la récolte est déjà effective par endroits, notamment sous serres. Parmi les départements déjà touchés, les Pyrénées-Orientales, l’Aude, le Gard, l’Hérault, mais aussi le Lot-et-Garonne ou le Tarn-et-Garonne.

La pénurie de travailleurs étrangers

Jérôme Volle souligne un paradoxe : « Il rentre quand même de la production d’Espagne en France. Par contre, la main-d’œuvre, elle, ne vient plus d’Espagne. » En effet, la fermeture des frontières, concomitante au confinement, touche les saisonniers étrangers, massivement embauchés dans les secteurs du maraîchage.

En Allemagne, le problème se pose aussi. L’écrasante majorité des saisonniers employés à la cueillette des asperges vient de Roumanie et des producteurs assurent que certains ont déjà annulé leur séjour annuel en raison de la situation chaotique aux frontières. Les agriculteurs français demandent une dérogation pour le travail en agriculture. Une exception similaire a été obtenue au Canada le 18 mars 2020.

Le ministère du Travail s’est engagé à interroger en ce sens le ministère de l’Intérieur. Même si les contrats d’immigration permettent de suivre individuellement les travailleurs étrangers, le gouvernement paraît peu enclin à accorder cette dérogation en pleine période de confinement.

Quand bien même, l’observation des comportements dans d’autres pays et dans d’autres secteurs montre une frilosité des travailleurs eux-mêmes à voyager.

Selon l’AFP, les aides à domicile roumaines, dont le service en Autriche dure généralement un mois, craignent de ne pouvoir effectuer leur trajet habituel via la Hongrie. Aux frontières fermées de la Hongrie se sont formés ces derniers jours des dizaines de kilomètres de bouchons.

Les transporteurs de marchandises, censés circuler librement, sont ralentis par les contrôles sanitaires et les policiers hongrois ne laissent plus entrer les véhicules privés si leurs passagers ne sont pas des nationaux. Beaucoup de ceux bloqués aux frontières hongroises étaient des citoyens roumains, serbes et bulgares souhaitant regagner leur patrie d’origine alors que le virus a quasi mis à l’arrêt les économies des pays où ils travaillent.

D’autres viviers de main-d’œuvre

Mais pour Jérôme Volle, il reste d’autres viviers de main-d’œuvre à activer. Les travailleurs mis en chômage partiel dans les secteurs non essentiels, comme l’hôtellerie-restauration, pourraient venir travailler dans les fermes à condition qu’ils aient des garanties de conserver leur emploi d’origine. Le ministère du Travail étudie ces possibilités.

Dans un communiqué publié le 18 mars 2020, la FNSEA demande aussi d’autres mesures pour augmenter le contingent d’heures de travail : une dérogation à la durée hebdomadaire maximale de travail pour la porter à 60 heures - à l’instar de celles obtenues durant les moissons -, la défiscalisation des heures supplémentaires pour inciter les salariés à travailler plus, la facilitation de la mise à disposition de salariés entre entreprises, y compris si elles ne sont pas du monde agricole, et rendre possible le travail dans les fermes des élèves de l’enseignement agricole, confinés depuis le 17 mars 2020.

Éric Young