Militante de la première heure, à la fin des années cinquante, pour libérer les femmes du joug de leur belle-famille et du poids des traditions, Marie-Thérèse Lacombe n’a pas raccroché les gants. Le regard pétillant et l’esprit combatif toujours en éveil, l’ancienne éleveuse de l’Aveyron, épouse du syndicaliste Raymond Lacombe, continue à œuvrer pour la modernisation de la vie rurale et le bien-être de ses concitoyens.

«  Le souci, aujourd’hui, ce sont les personnes âgées isolées, dans des villages où il n’y a plus de services, ni de commerces, souligne-t-elle. Pour la dernière génération de dames qui n’ont pas le permis, il est impossible de se déplacer pour aller chez le médecin, le coiffeur ou rendre une visite à l’hôpital. Alors, l’an dernier, avec le Secours catholique, nous avons créé dans le secteur autour de Baraqueville le service “Allô ça roule !”. Deux fois par semaine, une quinzaine de jeunes retraités bénévoles transportent, à la demande, les plus âgés vers leurs rendez-vous. » Une belle initiative pour maintenir la vie sur le territoire.

En prise avec l’actualité

Marie-Thérèse est aussi en prise directe avec la jeunesse qui l’entoure. « J’admire les agricultrices qui s’installent et prennent des responsabilités, je suis un peu comme leur mamie, confie-t-elle. Elles ne sont pas comme nous à leur âge. Elles ne se posent pas de questions, elles agissent. » Pourtant, des actions, l’ex-agricultrice en a mené, notamment durant ses années d’engagement au sein de la JACF (1), association qui permettait « de réfléchir et de s’ouvrir sur le monde ».

« Combien de malheureuses arrivaient en pleurs, parce qu’elles pâtissaient du grand-père ou qu’elles étaient encore enceintes ! » Marie-Thérèse se souvient aussi du développement des élevages hors sol, qui a permis aux épouses de gagner un peu d’argent. Car, à l’époque, la loi leur interdisait d’avoir un compte en banque.

Témoin intarissable d’une vie qui a beaucoup évolué et qu’elle raconte aujourd’hui en famille, la militante garde un œil sur l’actualité. « Pour ne pas vieillir, il faut continuer à rencontrer des gens, lire, suivre les nouvelles à la télé… et discuter avec ses petits-enfants. J’en ai neuf et, sans eux, je serais hors circuit. Ils m’initient à l’informatique et comme ils voyagent beaucoup, ils m’appellent d’Australie, du Brésil. Ils me font bouger. »

Et quand sa petite-fille Alice, vingt-deux ans et très écolo, lui vante l’intérêt des toilettes sèches, elle se rappelle que toutes ses voisines l’enviaient d’avoir installé une chasse d’eau en 1958. Elle était la première du secteur à avoir l’eau courante. « Nous discutons beaucoup avec Alice, elle me rappelle à l’ordre concernant l’avenir de la planète et ça m’aide à me maintenir en forme », reconnaît l’attentive grand-mère.

Florence Jacquemoud

(1) Jeunesse agricole catholique des femmes.