Il n’a pas tardé à exprimer sa fierté sur Twitter. Un quart d’heure après sa nomination officielle au ministère de l’Agriculture, Didier Guillaume s’est dit « fier de servir son pays et les Français ». Dans la précipitation, le Drômois en a perdu quelque peu son français… Mais l’essentiel de son message est allé directement aux agriculteurs. Le nouveau ministre se dit d’ores et déjà « pour [une] agriculture durable, des agriculteurs qui vivent décemment de leur métier, des Français qui mangent de la qualité et au juste prix, je suis dès aujourd’hui au travail ».

Passation de pouvoir

Lors de la passation de pouvoirs qui s’est déroulée ce midi, le nouveau ministre a précisé sa vision de l’agriculture française. « Pour moi, c’est deux choses qu’il ne faut jamais opposer mais rassembler. C’est la compétitivité économique, le développement et l’export. Et c’est aussi le lien local, l’agroécologie, qui est tellement importante pour notre pays. »

Dans ce cadre, il a averti qu’il ne fallait « céder à aucun lobby ». Aux côtés de Stéphane Travert, Didier Guillaume a eu « une pensée pour les victimes et les agriculteurs de l’Aude ». Il a déclaré vouloir s’y déplacer « d’ores et déjà dans les jours qui viennent ».

Homme de terrain

Le sénateur Didier Guillaume (ex-PS) est un homme de terrain. Né en 1959, l’élu de la Drôme a d’abord été premier secrétaire départemental du Parti socialiste de 1986 à 1997, puis il a gravi un à un les échelons : maire de Bourg-de-Péage, conseiller général, conseiller régional, il fut conseiller politique de Jean Glavany au ministère de l’Agriculture et de la Pêche (1998-2002), sous Lionel Jospin.

Élu sénateur en 2008, Didier Guillaume préside le groupe socialiste au Sénat de 2014 à 2018. Il devient alors un pilier de la majorité du quinquennat Hollande. Il s’indignera notamment contre l’idée d’une primaire pour un président sortant.

Saisonnier agricole : « Il faut revenir sur cette décision »

Le nouveau ministre connaît les dossiers agricoles. Ces dernières communications sur les réseaux sociaux montrent qu’il s’est notamment intéressé au dossier du loup et à ses dégâts en agriculture : « Il faut trouver des solutions. »

Autre cheval de bataille : il s’est insurgé à plusieurs reprises contre la suppression de l’exonération des charges pour les saisonniers agricoles, estimant cette « fin abrupte inacceptable. Il y a une porte de sortie à trouver ».

«Il faut revenir sur cette décision ». Chiche.

« J’ai décidé de quitter la vie politique »

Après le renoncement de François Hollande, il devient le directeur de campagne de Manuel Valls pour la primaire. À la suite de l’élection d’Emmanuel Macron, ses collègues du Parti socialiste voient d’un mauvais œil son rapprochement du nouveau président. Mais Didier Guillaume annonce son retrait de la vie politique. « J’ai décidé de quitter la vie politique, écrit-il sur Facebook, le 16 janvier 2018. Même si j’ai aimé passionnément chaque mandat, je ne me suis jamais accroché trop longtemps à des fonctions. »

Il prend alors la direction du groupement d’intérêt public de la coupe du monde de rugby à XV 2023 en France, mais finit par y renoncer. Revenu au Sénat, Didier Guillaume intègre contre toute attente le groupe radical RDSE en mai 2018. Opportuniste, l’homme semble pour le moins versatile. Il reste maintenant à voir comment il s’affirmera comme ministre.

Réactions

Dans un communiqué, la FNSEA félicite le nouveau ministre pour sa nomination, mais l’encourage à passer rapidement à l’action. Faire respecter l’esprit des États-généraux de l’alimentation, défendre du budget de la Pac, répondre à la sécheresse, revenir sur la suppression de l’éxonération de charges pour les saisonniers : le syndicat majoritaire annonce qu’il demeurera vigilant sur ces dossiers. Il se dit aussi prêt à accompagner Didier Guillaume dans ces missions. « La FNSEA, conclut le communiqué, demeurera un partenaire ouvert et à l’écoute. »

De son côté, la Coordination rurale prend acte de la nomination de Didier Guillaume, souhaitant « travailler sur la base d’un dialogue constructif », avec un « ministre […] à l’écoute, notamment sur la prétendue dimension exportatrice de l’agriculture française qu’il a prônée dans son discours d’intronisation ». Rebondissant sur les prises de position du nouveau ministre lorsqu’il était parlementaire concernant le TODE, Bernard Lannes, le président du syndicat, espère également « a minima de vraies réponses pour les employeurs saisonniers ».

Quant à la Confédération paysanne, elle attend du nouveau ministre qu’il « porte l’ambition insufflée par les États-généraux de l’alimentation (EGA) en faveur du revenu paysan et de la transition agricole et environnementale. L’urgence de la situation requiert un engagement fort dans les prochaines semaines qu’il s’agisse de la nouvelle Pac, des ordonnances du projet de loi EGA, de l’accompagnement pour une agriculture plus résiliente, des conséquences de la sécheresse, du dossier de la prédation, des questions sanitaires… »

Dans le reste du gouvernement

Par ailleurs :

  • Emmanuelle Wargon remplace Sébastien Lecornu comme secrétaire d’État à la Transition écologique ;
  • Jacqueline Gourault, ancienne secrétaire d’État à l’Intérieur, décroche le ministère des Territoires ;
  • Sébastien Lecornu est nommé ministre délégué aux Collectivités territoriales auprès de Jacqueline Gourault ;
  • Julien Denormandie devient ministre chargé de la Ville et du Logement toujours auprès de Jacqueline Gourault.
Rosanne Aries, Ivan Logvenoff et Alexis Marcotte