« Sur 100 euros de dépenses alimentaires, 14 euros reviennent à l’agriculteur et sur ces 14 euros, 6 euros concernent la valeur ajoutée », a énoncé Quentin Mathieu lors de la conférence de lancement de l’édition du Déméter de 2020, un ouvrage annuel d’expertise sur des questions géostratégiques et sociétales agricoles. Économiste à l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), il s’est penché sur les relations entre l’amont et l’aval de la production et la répartition de la valeur ajoutée agricole.

430 000 agriculteurs contre 6 enseignes de grande distribution

« Cette question de la répartition de la valeur ajoutée fait débat. L’organisation de la chaîne de valeur est asymétrique, avec 430 000 agriculteurs contre 17 647 entreprises dans le secteur de l’industrie agroalimentaire et seulement 6 grandes enseignes de la grande distribution qui représentent 90 % du chiffre d’affaires de la distribution alimentaire », souligne Quentin Mathieu.

« Les producteurs peinent à se regrouper pour contrôler et coordonner la mise sur le marché de leur production », expose-t-il. Il estime que le système des coopératives est une des solutions pour répondre à ces objectifs. Le mécanisme de contractualisation introduit par la loi Egalim peut redonner du pouvoir de négociation aux producteurs mais il ne changera pas le pouvoir de marché détenu par les acteurs en aval de la filière agroalimentaire, selon lui.

Acheter au moins cher : première motivation

La loi Egalim prévoit aussi le relèvement du seuil de revente à perte, avec un ruissellement de la valeur censé redonner de la valeur aux agriculteurs. L’auteur relève deux problèmes. D’une part, « l’argument du prix le plus bas reste le principal moteur des achats des consommateurs » et d’autre part, « certaines productions sont devenues dépendantes de la distribution par promotions ». Le véritable prix de ces produits n’est pas perçu par les consommateurs et donc la rémunération des producteurs non plus.

L’économiste constate que la question « d’une politique de régulation visant à rétablir un meilleur équilibre dans les relations commerciales » a été totalement exclue par le gouvernement. La spécificité des filières n’aurait pas été suffisamment prise en compte dans l’élaboration de la loi.

Suzie Terrier