La commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a ainsi auditionné 22 acteurs ou observateurs de la chaîne agroalimentaire : Autorité de la concurrence, consommateurs, producteurs, industriels, distributeurs… Ces derniers étaient très attendus par les élus, désireux d’obtenir des éclaircissements sur les dérives des pratiques commerciales.

« Cartel d’achat »

Il est à noter en particulier l’attaque du député insoumis François Ruffin (Somme), qui a réagi mercredi aux propos de la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) se félicitant de l’établissement d’un « diagnostic commun » sur l’état de la filière.

« Le vrai diagnostic commun qu’on entend aujourd’hui, c’est qu’un agriculteur sur trois gagne moins de 350 euros par mois et que dans le récent classement de Challenge sur les grandes fortunes, on retrouve toute la grande distribution », a commencé François Ruffin.

« L’autre diagnostic, c’est qu’il existe un cartel de quatre centrales d’achat – je sais, il faut dire oligopole et pas cartel… face à l’éclatement des agriculteurs. Est-ce que vous accepteriez qu’on ressorte des États-généraux avec une loi qui casserait ces situations ? »

Le député de la Somme, François Ruffin (Les Insoumis), a affirmé la nécessité de « contraindre » par la loi les distributeurs, pour « rééquilibrer les forces ». © Capture vidéo – Assemblée nationale

Habitué aux coups, le délégué général de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), Jacques Creyssel, s’est défendu de tout « cartel », rappelant la concurrence réelle entre enseignes et renvoyant au « nombre limité » de fournisseurs, dans le lait notamment : « Là il y a un monopole d’achat par rapport aux producteurs, et ça ne choque pas. »

« La négociation du renard dans le poulailler »

Jacques Creyssel s’est toutefois montré « favorable à une évolution » des relations commerciales, reconnaissant le caractère « touffu, instable et pas forcément compréhensible » des règles les encadrant. À condition toutefois de réaffirmer « la liberté de négociation » chère à son cœur.

« N’est-ce pas la liberté de négociation du renard dans le poulailler ? », a interrogé François Ruffin. « Non, on dit juste qu’il y a des règles et qu’il faut les clarifier », a rétorqué l’intéressé.

Intervenant à sa suite, Michel-Edouard Leclerc a lui aussi indiqué ne « pas être contre » une modification de la loi encadrant les négociations commerciales. Mais à condition de prévoir une étude d’impact préalable… Pas simple à mettre en place avant les prochaines discussions tarifaires, qui débuteront en octobre !

Le patron des centres Leclerc souhaite avant tout « des solutions pragmatiques de long terme », comme l’intégration de la grande distribution dans toutes les interprofessions.

« On doit vous contraindre, car si on ne vous contraint pas, vous ne bougez pas ! », avait lancé la veille le député du Loiret Richard Ramos (Modem), à l’adresse du groupe Les Mousquetaires (Intermarché, Netto…). En réponse, ses dirigeants ont préconisé de ne toucher au dispositif législatif que « de manière chirurgicale ». Selon eux, les mesures de transparence édictées par la loi Sapin 2 et une meilleure organisation des filières seraient suffisantes pour « redonner les moyens de vivre à la production agricole française »…

Présentées comme « un appui » aux travaux lancés par le gouvernement, ces rencontres auront au mois permis aux députés de se préparer à l’éventualité de débats législatifs à l’issue des États-généraux…

Alain Cardinaux