Les industriels et les distributeurs ont-ils enfin pris en compte dans leurs prix la hausse des coûts de productions agricoles ? S’il est encore trop tôt pour répondre positivement à la question, les cabinets du ministre de l’Agriculture et de la ministre déléguée chargée de l’Industrie ont observé à la sortie du dernier comité de suivi des négociations commerciales du 17 février 2021 « une prise de conscience des distributeurs et des industriels » et un « climat plus apaisé » dans les échanges.

Toutes les filières ne sont pas logées à la même enseigne

Un constat qui est toutefois très nuancé alors que les négociations doivent se clôturer obligatoirement avant le 1er mars. Les difficultés persistent, de façon « hétérogène » entre les enseignes et entre les industriels pour certaines filières.

Les négociations sont notamment moins favorables pour les fournisseurs dans le secteur des produits laitiers, du porc et des fruits transformés selon les deux cabinets ministériels. Une différenciation existe en fonction de la taille des entreprises. Le taux de signature d’accords est actuellement plus élevé pour les PME qui semblent profiter « d’une démarche plus constructive ».

L’objectif de Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, et d’Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, est de concrétiser ces avancées par « un mouvement d’ampleur pour avoir un réel impact sur le revenu des producteurs » selon un communiqué du 17 février.

« S’il n’y a pas d’inflation sur les produits avec une forte valeur ajoutée agricole (NDLR : à l’issue des négociations le 1er mars), ce serait un signal particulièrement négatif », ont estimé leurs deux cabinets.

Les contrôles vont continuer

Pour l’éviter, les ministres entendent accentuer la pression sur les industriels et les distributeurs. Une démarche soutenue par plus de 60 députés de la majorité dans une tribune publiée le 18 février 2021.

Les contrôles de la DGCCRF « plus précoces et plus ciblés » cette année vont se poursuivre. 200 contrôles ont eu lieu en 6 semaines ont annoncé les ministres. Ils ont porté « sur l’utilisation des indicateurs, sur les pénalités logistiques et les prix signalés comme abusivement bas ».

L’adresse mail ouverte lors du dernier comité de suivi des négociations commerciales le 29 janvier 2021 pour recueillir les signalements de manquements à la loi Egalim a d’ailleurs donné lieu à une « vingtaine de signalements très sérieux ».

Ils portaient notamment sur des prix abusivement bas et des étiquettes trompeuses ou qui peuvent paraître trompeuses. Les produits concernés étaient de la viande de porc ou de bœuf, des produits de la mer et des carottes.

L’adoption d’une nouvelle loi n’est pas la priorité

Le médiateur des relations commerciales agricoles et celui des entreprises continuent d’être mobilisés. Une dizaine de filières ont demandé l’intervention d’une médiation « sans compter les sollicitations individuelles d’entreprises » selon les deux cabinets.

Le ministère de l’Agriculture a rappelé dans un communiqué du 18 février, « qu’en pratique, l’intervention du médiateur doit être réservée aux cas les plus critiques dans les quelques filières où les prix agricoles connaissent des hausses très significatives ».

Pour éviter que ce « jeu de dupes », selon les mots de Julien Denormandie, ne perdure dans les prochaines négociations commerciales qui s’ouvriront en fin d’année, le gouvernement compte sur les conclusions de la mission confiée à Serge Papin (ex PDG de Super U). L’ouverture de discussions d’une nouvelle loi, après la loi Egalim du 30 octobre 2018, n’est pour l’instant pas une priorité des cabinets des deux ministères mais simplement « une éventualité ».

Les syndicats divisés

Du côté des producteurs, la FNSEA a réagi dans la soirée suivant le comité de suivi des négociations commerciales du 17 février 2021. Le syndicat constate que l’engagement des industriels et des distributeurs exprimés lors des États généraux de l’alimentation ouverts en 2017 en faveur d’un « prix construit en marche avant à partir des coûts de production agricole » n’est pas respecté.

La FNSEA pointe « une déflation en cascade qui s’impose aux producteurs dans de trop nombreux secteurs ». Alors que le syndicat a multiplié les actions et manifestations depuis le mois de janvier dans une cinquantaine de départements, il encourage « les agriculteurs et les consommateurs à maintenir la pression pour un strict respect de la loi ».

La Coordination rurale a préféré, quant à elle, boycotter le comité de suivi qui s’est déroulé mercredi. Le syndicat estime que la focalisation autour des relations commerciales occulte d’autres problématiques importantes, notamment la « responsabilité du système de libre-échange international dans l’asservissement des agriculteurs français ».

Alexis Marcotte