Après avoir confié aux Régions, en 2015, la gestion (partielle) du second pilier de la Pac, l’heure serait plutôt à une recentralisation. Pour la future Pac, l’État a en effet prévu de reprendre la main sur toutes les mesures surfaciques — incluant donc les aides à la bio et les Maec (Mesures agroenvironnementales et climatiques), actuellement gérées par les Régions. Sauf en Bretagne ? C’est ce qu’espère le Conseil régional, qui voudrait au contraire aller encore plus loin dans la décentralisation.

Fier de son bilan en matière agricole, il demande au gouvernement de pouvoir expérimenter une gestion totale des aides du premier et du second pilier. « 5 500 exploitations, sur un total de 28 000 en Bretagne, se sont engagées dans des mesures [bio et Maec] depuis 2015 », se félicitait Olivier Allain, conseiller régional, lors d’une conférence au salon de l’agriculture en février 2020.

Un bilan positif dressé par les ONG

« Des initiatives très positives (développement de l’agriculture biologique, systèmes herbagers, porc sur paille) ont émergé et permis à des milliers d’exploitations de combiner performance économique et progrès environnementaux », appuient plusieurs organisations environnementales (1) dans un communiqué du 10 juillet 2020. Elles dressent « un bilan plutôt positif de la gestion par la région de ces dispositifs qui ont rencontré un franc succès prouvant la capacité et la volonté de nombreux paysans et paysannes à s’engager dans une démarche de transition agroécologique », et se disent « favorables à la demande formulée par la Région Bretagne d’expérimenter une gestion totale de la Pac ».

Ce budget de près de 500 millions d’euros par an représente, soulignent-elles, « un formidable levier » pour la transition agroécologique, qui pourrait se concrétiser entre autres par un renforcement des dispositifs bio et Maec, un soutien aux systèmes herbagers et à l’autonomie protéique et des aides à la diversification. Insistant sur l’aspect « économique et social », indissociable du volet environnemental, elles soutiennent le principe d’une « rémunération des actifs plutôt que des hectares » que propose la région, qui souhaite plafonner les aides du premier pilier entre 20 000 et 30 000 € par actif.

Le « changement de modèle » inquiète la FRSEA

Des propositions tout à fait « inacceptables » pour la FRSEA Bretagne. « La volonté d’orienter fortement l’agriculture bretonne vers « un changement de modèles » que le projet du Conseil Régional laisse percevoir nous inquiète fortement », écrivait-elle le 26 juin 2020. Selon la fédération, la Pac « ne doit pas mettre en place un système de « récompense » au profit de productions de niche ». Elle craint également qu’une exception bretonne ne crée de nouvelle distorsion de concurrence.

B.Lafeuille

(1) Bretagne vivante, Eau et Rivières de Bretagne, Fédération Bretagne Nature Environnement, Groupe Mammalogique Breton, Réseau cohérence