« Le marché agricole mérite une régulation spécifique appropriée, y compris dans le cadre du marché unique européen, pour garantir un revenu convenable aux producteurs et assurer ainsi l’autonomie alimentaire de l’Europe. » C’est l’un des axes du rapport d’information sénatorial du 16 juillet 2020, intitulé Redonner aux agriculteurs français un pouvoir de marché, réalisé par le sénateur de la Manche, Jean Bizet (Les Républicains), au nom de la commission des affaires européennes qu’il préside.

« La puissante direction générale de la concurrence »

Pour la commission du Sénat, les objectifs de la politique agricole commune (Pac) sont trop souvent placés en second plan, laissant la priorité au droit de la concurrence. « La puissante direction générale de la concurrence de la Commission européenne interprète systématiquement la réglementation de la Pac sous le prisme de la concurrence. » Une vision que les parlementaires souhaitent voir évoluer rapidement.

C’est dans ce sens qu’ils se sont prononcés, à travers l’adoption, en mai 2020, d’une proposition de résolution européenne. Cette dernière fait notamment valoir la priorité à accorder aux objectifs de la Pac, sur ceux de la politique de la concurrence.

S’inspirer de ce qui se fait outre-Atlantique

Selon le rapport du 16 juillet 2020, « il ne deviendra possible de redonner aux agriculteurs français un pouvoir de marché que si l’on consacre, à l’avenir, un principe favorable aux associations agricoles et si l’on autorise les producteurs à fixer des prix communs de cession ». Une possibilité qui existe aux États-Unis depuis presque 100 ans et qui, selon les sénateurs, « a fourni toutes les preuves de son efficacité et de sa fiabilité depuis son introduction en 1922 ». Ils souhaitent donc faire valoir la compatibilité de principe entre les activités collectives menées par les organisations de producteurs et la politique de la concurrence.

Une juste rémunération de tous les maillons de la chaîne

Il est également impératif, selon eux, d’estimer le « juste prix », pas seulement comme le prix le plus bas pour le consommateur, mais comme un prix raisonnable et permettant une juste rémunération de chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement. Ils appellent à ce que soit renforcé le pouvoir de négociation des producteurs.

L’exemple de la filière bovine française

Pour illustrer ses propos, la commission des affaires européennes du Sénat prend l’exemple de la filière de la viande bovine française qui, selon elle, « représente une illustration de l’impérieuse nécessité de sortir du statu quo en matière d’application des règles de concurrence à l’agriculture ». Elle pointe du doigt « l’attentisme de l’interprofession et la tendance naturelle à l’individualisme de nombreux éleveurs ». Les parlementaires estiment qu’il existe un décalage « persistant entre l’offre et la demande de viande de bœuf sur le marché français, caractérisé par la production d’animaux trop lourds et insuffisamment valorisables, tandis que les consommateurs privilégient massivement des produits aussi simples que le steak haché ».

Ils appellent les pouvoirs publics à « amener les producteurs de viande bovine à sortir du piège dans lequel ils sont pris, en privilégiant des animaux moins lourds et plus jeunes ». Ils suggèrent de conditionner la perception de la totalité de l’aide aux bovins allaitants (ABA), à l’abattage de ces animaux jusqu’à leurs 16-18 mois et estiment « qu’aucun scénario de sortie de crise n’apparaît envisageable sans un changement des comportements individuels et collectifs ».

B. Quantinet

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Les tarifs se maintiennent

Même si les commandes dans les magasins sont moins nombreuses pour la fin du mois de septembre 2021, les disponibilités restent globalement assez modestes. Ceci permet de maintenir les cours dans le secteur allaitant comme laitier.