Publié le 5 mars 2020, le rapport du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, qui réalise des missions d’audit, d’inspection, de conseil, d’évaluation et d’expertise pour le ministère de l’Agriculture, imagine la possible agriculture de 2035. À partir de cette hypothèse, il échafaude 4 scénarios pour l’agriculture française de 2050.

Un recentrage sur les besoins alimentaires locaux

La projection de l’agriculture à l’horizon de 2035 repose sur des études de prospectives agricoles et alimentaires. Le plus vraisemblable semble être un scénario de reconquête des marchés locaux.

Le coût de l’alimentation resterait un enjeu social et économique et les comportements alimentaires varieraient vers l’individualisation des régimes alimentaires : végétarisme, végétalisme, flexitarisme…

Les revenus des agriculteurs resteraient toujours aussi incertains, sous l’effet de nouvelles concurrences mondiales, voire régionales qui n’épargneraient pas l’agriculture biologique. L’équilibre des exploitations ne serait dû qu’aux revenus extérieurs ou aux paiements pour services environnementaux. L’agriculture française à l’horizon de 2035 serait majoritairement « une agriculture locale non productiviste démondialisée » proche des consommateurs mais aussi « une agriculture de firme » présente sur les marchés locaux et à l’exportation.

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  1. La sobriété savante

    Dans ce premier scénario pour l’agriculture française à l’horizon de 2050, l’avancée scientifique et technologique a permis une nouvelle approche de l’agriculture. La prise en compte de l’environnement devient systématique, de nouveaux outils d’évaluation environnementale ont été développés. La croissance mondiale a été revue à la baisse et l’efficacité alimentaire s’est améliorée entraînant une baisse globale de la production agricole. De ce fait, les plus grandes exploitations agricoles ont laissé leur place à des structures de plus petite surface et plus diversifiées.

  2. Le capitalisme environnemental

    Le dérèglement climatique est massif à l’échelle de la planète, les catastrophes naturelles se multiplient, éveillant les consciences pour qui la lutte contre le réchauffement climatique devient une priorité absolue. Les technologies de production alternatives sont plébiscitées : production d’insectes, élevage sur l’eau, algoculture… permettant à la fois une meilleure maîtrise du foncier et une réduction de la consommation énergétique. Les exploitations combinent des productions optimisées en fonction du territoire et se spécialisent davantage.

  3. Le renouveau productiviste

    Les marchés mondiaux sont dérégulés par les tensions économiques, politiques et diplomatiques mondiales. Une agriculture plus technologique, plus productiviste et intensive, tout en assurant la gestion durable des ressources, se profile. L’agriculture territorialisée est remise en question car elle n’a pas tenu ses promesses d’instaurer une économie rurale viable. L’augmentation des pénuries alimentaires remet le sujet de la sécurité alimentaire au cœur des politiques internationales. En France, l’agriculture urbaine complémente l’approvisionnement alimentaire.

  4. Les citoyens des territoires

    Le changement climatique reste prégnant, même en France, rendant le changement de pratiques indispensable. L’empreinte (carbone mais aussi sur la biodiversité, l’eau ou les sols) de l’alimentation sur l’environnement est primordiale pour la société. Les citoyens sont profondément attachés à leur territoire et rejettent toute production non respectueuse de l’environnement. Les systèmes bio sont les plus répandus. Des jardins partagés sont créés pour complémenter les revenus et permettre à tous l’accès à une alimentation de base.

Ces scénarios reposent sur une politique de promotion et de développement de l’agriculture biologique et sur la priorité donnée à la transition énergétique. La recherche scientifique est sollicitée pour répondre aux enjeux agricoles et agroalimentaires de demain (amélioration de l’efficacité alimentaire, adaptation des systèmes de productions au changement climatique, nouvelles technologies).

A. Gambarini