À l’instar de l’an dernier, les chiffres de l’Observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) publiés le 29 juin 2022 montrent qu’en 2021 les systèmes bovins viande ne couvrent toujours pas leurs coûts de production (calcul basé sur une rémunération de 2 Smic).

Les coûts de production ont augmenté et les rémunérations permises sont en baisse à 0,9 Smic par unité de main-d’œuvre (UMO) pour les naisseurs (contre 1 Smic/UMO en 2020) et 1,4 Smic/UMO pour les naisseurs-engraisseurs (contre 1,5 Smic/UMO en 2020).

C’est le cas également des producteurs de porcs, impactés par la hausse de leur charge et la baisse des prix du porc, dont le coût de production grimpe à 1,62 €/kg de arcasse (1,51 l’an dernier) pour un prix du porc de 1,50 € par kg carcasse. L’objectif d’une rémunération de 2 Smic n’est donc pas atteint.

En lait, le coût de production s’établit à 486 €/1 000 l en plaine (642 €/1 000 en montagne) et la rémunération permise est stable à 2,1 Smic (seulement 1 smic en montagne).

En blé, le coût de production est de 202 € la tonne (sur la base de 1,1 Smic, salaire d’un chauffeur) pour produit (blé + aides) de 229 € la tonne.

Industriels et distributeurs contractent leurs marges

2021 a connu, avant même la guerre en Ukraine, de très fortes tensions sur les marchés agricoles, relève Philippe Chalmin, président de l’OFPM. Mais cette hausse des prix agricoles (+ 9,2 %, selon les chiffres de l’Insee) a été « digérée » par la filière agroalimentaire. Les prix à la consommation des produits alimentaires n’ont augmenté que de 0,6 % (Insee).

« Ce qui est très frappant, dans le cas français, c’est que nous sommes confrontés à l’instabilité des prix des produits agricoles, mais sur les dix dernières années, nous observons une assez grande stabilité des prix alimentaires sur les grands produits basiques que nous suivons », relève Philippe Chalmin.

« On constate assez souvent, quand il y a des tensions sur les prix des produits agricoles, une contraction des marges brutes de la grande distribution en premier lieu et une contraction de celles de l’industrie l’année suivante, poursuit l’expert. Industriels et distributeurs jouent le rôle de tampon et in fine le consommateur reste gagnant. »

Des hausses de prix nécessaires

Pour la FNSEA et Jeunes Agriculteurs, le rapport montre l’urgence d’aboutir à des renégociations avec la grande distribution. « Déjà en 2021, l’ensemble des coûts de production agricoles étaient orientés à la hausse », et même si la loi Egalim 2 a déjà permis « une accélération de leur répercussion dans la chaîne de contrats », la situation n’est réglée pour l’amont agricole, clament les deux syndicats. Les coûts ont continué d’augmenter et de nombreux agriculteurs sont en « souffrance ». Il faut que les enseignes acceptent les renégociations de prix demandées.

La Coordination rurale alerte, de son côté, sur le fait que « les données concernant les coûts de production ne peuvent pas être généralisées à toutes les exploitations », les chiffres utilisés étant une moyenne, donc ne reflétant pas la réalité de toutes les exploitations et plutôt issus d’exploitations ayant des résultats supérieurs à la moyenne (réseau d’élevages de l’Idele Inosys par exemple).

Marie Salset