En légère baisse en décembre 2020 sur un mois et par rapport au même mois de l’année précédente, les prix à la production de l’ensemble des produits agricoles (Ippap) augmentent en janvier 2021 de 2,5 % sur un mois et de 1,4 % sur un an, relève Agreste, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture. Même constat en février : +1,5 % sur un mois et +4,4 % sur un an. Les prix atteignent un niveau élevé, supérieur au pic enregistré en avril 2020, au moment du premier confinement.

Parallèlement, les prix à la consommation des produits alimentaires progressent sur un an entre décembre et février, respectivement de 1,1 %, 1,0 % et 0,9 %. Le rythme de progression est toutefois inférieur à ceux enregistrés en 2020, y compris avant le premier confinement.

Concernant les prix d’achat des intrants utilisés par les agriculteurs (Ipampa), ils étaient en hausse d’un mois sur l’autre depuis octobre 2020 et se sont accélérés en janvier (+1,6 %) et en février (+2,1 %), après +0,6 % en décembre.

Les prix des intrants étaient en hausse d’un mois sur l’autre depuis octobre 2020. © Insee/Agreste

Retour sur un an de cours et marchés.

1. Grandes cultures

Selon les estimations du SSP au 1er février 2021, les surfaces des cultures d’hiver augmenteraient de 13 % en 2021 par rapport à 2020, tout en demeurant inférieures à la moyenne des semis de 2016 à 2020.

La hausse de la sole de blé et d‘orge ne compenserait toutefois que partiellement le net recul de 2020. Les superficies de colza retomberaient au niveau le plus bas depuis 1997. Les cours des céréales sont eux particulièrement élevés, bien supérieurs à ceux de la campagne précédente et à la moyenne des cinq dernières campagnes. Quant à ceux des oléagineux, ils dépassent également les niveaux de l’année précédente et de la moyenne sur cinq ans, établissant ainsi un nouveau record depuis 2013.

Malgré un rebond très net des cours mondiaux et la baisse des récoltes betteravières en France et dans l’Unoin européenne, les prix du sucre sont stables. Le secteur de la transformation de la pomme de terre continue de pâtir de la fermeture partielle de la restauration hors foyer, qui représente la moitié des volumes écoulés. Les prix restent malgré tout nettement supérieurs aux niveaux moyens des cinq dernières campagnes.

Les surfaces des cultures d’hiver augmenteraient de 13 % en 2021 par rapport à 2020. © Agreste

2. Fruits et légumes

Entre décembre 2020 et février 2021, les prix des fruits restent fermes par rapport aux mêmes mois de l’année précédente et par rapport à la moyenne des cours sur cinq ans.

Après avoir été délaissés en décembre, à l’approche des fêtes et avec la douceur des températures, les légumes de saison retrouvent en janvier 2021 un regain d’intérêt auprès des consommateurs avec le rafraîchissement de la météo et, surtout, en février où le froid, voire le gel, ont perturbé la production et les travaux aux champs de certains légumes (poireau, chou-fleur) très météosensibles.

Les cours de l’ensemble des légumes s’établissent bien au-dessus de ceux de février 2020 et de la moyenne des prix de février sur les cinq dernières années (+16 % et +18 %).

Les légumes de saisons retrouvent en janvier 2021 un regain d’intérêt auprès des consommateurs avec le rafraîchissement de la météo. © Agreste

3. Lait

Amorcée au dernier trimestre de 2020, la baisse de la collecte de lait de vache s’amplifie au début de l’année 2021. Le commerce mondial est tiré par les ventes aux États-Unis et en Nouvelle-Zélande (beurre et lactosérum), les exportations de l’Union européenne étant plutôt à la peine : moindre compétitivité et recul de la demande en poudre écrémée.

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Entamée à la fin de 2020, la hausse des cours des principaux produits laitiers se poursuit au début de 2021 sous l’effet notamment des disponibilités limitées et du recul des fabrications.

En France, la consommation à domicile de produits laitiers reste dynamique pour toutes les familles de produits ; les ventes souffrent cependant toujours de l’insuffisance de celle hors foyer. Malgré le rebond de la consommation de lait (bio, enrichi...) depuis mars 2020 et la meilleure orientation des prix des produits laitiers industriels, le prix du lait de vache à la production reste inférieur en France à celui de 2020.

Parallèlement, sous l’effet de la hausse du coût des aliments achetés et de l’énergie, le coût de production du lait de vache s’est accru en janvier, réduisant la marge des éleveurs, selon l’indice MILC de l’Idele.

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La baisse de la collecte de lait de vaches s’accentue au début de l’année 2021. © Agreste

4. Bovins

En décembre 2020, les abattages de bovins se redressent sur un an et se rapprochent des niveaux moyens des cinq dernières années. La demande des ménages de viande française reste dynamique, notamment de viande hachée, tandis que les perspectives de la restauration hors domicile restent bouchées.

Les échanges internationaux marquent toujours le pas ; dans un contexte de repli sur le marché intérieur, les importations fléchissent plus sur un an que les exportations. Face à une offre qui reste limitée et une demande soutenue, les prix des gros bovins sont en hausse sur un an et par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

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Particulièrement bas pendant le premier confinement, en raison de la fermeture de la restauration hors foyer, puis en reprise sur un an de septembre à novembre, les cours des veaux de boucherie ont à nouveau tendance à baisser depuis décembre, malgré la poursuite de la baisse des abattages au début de 2021. L’atonie de la demande continue de peser sur les cours.

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Les prix des gros bovins sont en hausse sur un an et par rapport à la moyenne des cinq dernières années. © Agreste

5. Porcins

Depuis novembre 2020, les abattages en volume de porcs sont plus faibles que ceux de l’année précédente. La consommation intérieure reste bridée par la fermeture partielle de la restauration collective mais les exportations françaises de viande porcine constituent un véritable appel d’air pour la filière.

En janvier 2021, les exportations reculent toutefois par rapport au même mois de 2020 ; la mauvaise tenue des volumes expédiés vers l’Union européenne (–32,3 % sur un an) n’est pas totalement compensée par le dynamisme des envois vers les pays tiers, particulièrement la Chine.

Les prix à la production du porc européen et français semblent sortir de la stagnation dans laquelle ils s’étaient installés depuis la fin de 2020 ; ils se redressent légèrement en seconde partie de février. Les prix restent toutefois en forte baisse comparés à des niveaux exceptionnellement élevés au début de 2020.

Le coût de l’aliment ne cesse d’augmenter au début de 2021 créant un effet ciseau avec les prix qui pèse sur la rentabilité des élevages.

En janvier 2021, les exportations de viande porcine reculent par rapport au mois de 2020. © Agreste

6. Ovins

En janvier et février 2021, les abattages en volume d’ovins repassent au-dessus de ceux de 2020 et de la moyenne des cinq dernières années, après avoir baissé depuis août 2020.

Les importations de viande ovine repartent également à la hausse en janvier 2021. Elles se raffermissent à l’approche de la fête de Pâques.

L’offre, malgré tout limitée, et la demande qui se raffermit soutiennent les cours qui se maintiennent à un niveau inégalé depuis plusieurs années.

Les importations de viande ovine repartent également à la hausse en janvier 2021. © Agreste

7. Aviculture

Depuis novembre 2020, les abattages de volailles de chair sont en net retrait en volume sur un an et par rapport au niveau moyen des cinq dernières années. Largement imputable aux canards et pintades, la baisse des entrées en abattoirs est très forte en février (respectivement –38 % et –29 %).

Pour les canards à gaver c’est la conséquence des abattages sanitaires opérés dans le sud-ouest de la France afin de tenter d’enrayer l’épizootie d’influenza aviaire apparue en décembre 2020 en France.

Pour les canards à rôtir, il s’agit de désengorger le marché encombré par des stocks de viande qui n’ont pas trouvé de débouchés suffisants à la suite de la pandémie.

Seuls les abattages de poulets et de poules de réforme sont soutenus.

En février 2021, les cours se redressent, tirés également par la demande européenne. Le marché reste toutefois déprimé dans un contexte d’incertitudes face à l’évolution de la demande dans les prochains mois.

En parallèle, le coût de l’aliment progresse depuis la fin de l’année 2020, atteignant même son niveau le plus élevé depuis 2013.

Depuis novembre 2020, les abattages de volailles de chair sont en net retrait en volume sur un an et par rapport au niveau moyen des cinq dernières années. © Agreste

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Oriane Dieulot

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