Le film « Au nom de la terre » d’Édouard Bergeon a non seulement libéré la parole autour du suicide en agriculture, il a également suscité une prise de conscience historique du côté des politiques. Alors qu’en décembre un premier débat initié par le sénateur Henri Cabanel (RDSE) se tenait sur le sujet au sénat, des travaux ont désormais lieu dans les deux chambres parlementaires.

Des auditions au Sénat au moins jusqu’en juin

Henri Cabanel, par ailleurs viticulteur dans l’Hérault, a ainsi lancé dès le début de février les premières auditions : il a notamment reçu des représentants de la MSA et du ministère de l’Agriculture, ainsi que le psychologue clinicien Philippe Spoljar. Le 25 mars 2020, il devrait entendre Édouard Bergeon, le réalisateur du film « Au nom de la terre » ainsi que l’acteur Guillaume Canet.

Ses auditions se poursuivront jusqu’en juin, « mais nous irons au-delà si des solutions fiables ne sont pas trouvées », a indiqué Henri Cabanel à La France Agricole. Le sénateur prévoit aussi et surtout, a-t-il souligné, de rencontrer des agriculteurs en difficulté et des familles endeuillées.

Son objectif est de réfléchir aux outils à mettre en place pour enrayer le fléau. Un diagnostic sur les moyens existants est aussi réalisé. « Je veux aider mes collègues paysans qui sont dans le désarroi ». Les statistiques autour du phénomène devront être enrichies par ailleurs : « Pourquoi ne disposons-nous pas de chiffres depuis 2015 ? »

Le sénateur entendra le député Olivier Damaisin, le 25 mars 2020. « Je veux l’auditionner afin que nous nous accordions sur un cadre d’objectifs communs. »

Une mission sur les « difficultés rencontrées par les agriculteurs »

De son côté, Olivier Damaisin (LREM) s’est en effet vu confier, ce 10 mars 2020, une mission interministérielle « sur la prévention et l’accompagnement des difficultés rencontrées par les agriculteurs ». Le terme du suicide n’est pas employé.

« C’est un moment important car c’est une mission attendue. Je pense qu’elle aurait dû être faite il y a longtemps », a indiqué le député du Lot-et-Garonne alors qu’il recevait sa lettre des mains du ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume.

Didier Guillaume a remis, rue de Varenne, ce 10 mars 2020, la lettre de mission interministérielle à Olivier Damaisin (LREM), député du Lot-et-Garonne.

« Nous connaissons quasi tous cette situation, mais on ne trouve pas de solutions », a-t-il poursuivi avant d’ajouter : « Dans l’ensemble, l’annonce de cette mission a reçu un bon accueil, hormis peut-être du côté des banques, mais la MSA était déjà demandeuse, ainsi que les coopératives, les syndicats, les familles, etc. » Les services administratifs concernés seront aussi auditionnés.

Obtenir des « chiffres exacts »

Olivier Damaisin souhaite se rendre dans toutes les circonscriptions et mener un travail transpartisan. « Des dates sont déjà calées », d’autres rendez-vous restent à programmer. Le député souhaite, à l’instar du sénateur Cabanel, obtenir « des chiffres exacts » et mieux comprendre le fléau pour pouvoir l’endiguer. « La mission sera réussie si, quand je partirai, il y aura moins de suicides que quand je suis arrivé », a complété de son côté Didier Guillaume.

Cette mission a été confiée plus largement par le Premier ministre, Édouard Philippe, ainsi que les ministres de la Santé, Olivier Véran, et de l’Agriculture. Le rapport d’Olivier Damaisin est attendu pour septembre.

La FNSEA se tient prête

Dans un communiqué paru à la fin de la journée, la FNSEA a indiqué se tenir à la disposition du parlementaire. « Cette mission fait écho aux actions engagées par le réseau FNSEA et ses partenaires dans de nombreux départements (Agri-Sentinelle, Agri’écoute, Agri’Collectif…) ; il était nécessaire que ces initiatives soient soutenues au niveau national et servent de socle à une politique d’envergure », à laquelle le syndicat annonce d’ores et déjà souhaiter contribuer.

Rosanne Aries